• par Aimé LAMOUROUX

    25 mai 2020

     

    – Salut ! Comment ça va ?

    – Ça va… Et toi ?

    – Nickel, ça gaze.

    – Je suis content de te rencontrer. On ne s’est pas vus depuis une éternité.

    – Eh oui, le temps passe si vite qu’on ne s’en rend même pas compte…

    Michel et Jean-Claude sont deux anciens copains de lycée où, dans leur jeunesse, ils ont fait les quatre cents coups, comme on dit. Après le lycée leurs vies ont divergé. Michel a continué ses études à la fac, puis est devenu professeur de Mathématiques et a enseigné dans différents collèges. Jean-Claude n’a pas eu envie de les prolonger et a préféré prendre un emploi de bureau dans les services municipaux de la ville. Tous deux habitent cette même ville, mais ne se voient pas très souvent, chacun étant pris par ses propres occupations. Toutefois, le hasard les fait se rencontrer de temps en temps ; c’est généralement à l’occasion de courses dans les supermarchés de la périphérie urbaine. Ils sont alors heureux de se rappeler les souvenirs du bon temps d’autrefois que les années ont peu à peu embellis. Les années, elles ont passé si vite, et pour tous les deux l’heure de la retraite vient de sonner. Ils l’avaient si longtemps espérée ; puis, quand elle est arrivée, elle les a surpris, les laissant presque désemparés. Aussi, pour s’occuper et mobiliser l’énergie qui leur reste, ils se sont trouvé des « activités ». Michel suit des conférences d’histoire de l’art au musée de la ville, domaine auquel il s’était peu intéressé jusque-là, car s’étant exclusivement consacré à la logique et au raisonnement. De son côté, Jean-Claude, qui a toujours eu du goût pour le dessin et la peinture, a choisi de travailler plus sérieusement ces disciplines et participe aux activités d’un groupe de peintres amateurs.

    Ce jour-là, ils viennent de se rencontrer sur le grand boulevard de la ville. Michel sort tout juste du musée après une conférence sur l’art contemporain et n’est pas très pressé de renter chez lui. Jean-Claude a terminé ses courses mais a envie de flâner un peu devant les vitrines des magasins. C’est la fin de l’après-midi, par une belle journée de printemps qui annonce déjà la venue de l’été. Aussi Michel propose :

    – Tiens, j’ai une idée… On ne s’est pas vus depuis longtemps. Si on prenait l’apéro à une terrasse ?

    – Bonne idée, reprend Jean-Claude, on doit avoir beaucoup de choses à se raconter.

    Ils s’installent à la première terrasse, déjà heureux à la pensée de passer un agréable moment ensemble. L’heure est propice aux échanges. La journée de travail étant terminée pour beaucoup, le boulevard s’anime et les terrasses des cafés se remplissent d’une population qui va passer une heure ou deux à refaire le monde en paroles.

    – Deux pastis, commande Michel, cela va nous requinquer !

    Le serveur ne traîne pas. Il apporte rapidement les boissons que son collègue a préparées à l’avance au niveau du bar afin de tenir tête à l’affluence qui s’annonce.

    Après quelques échanges sur leurs santés respectives et quelques demandes de renseignements sur les familles, ils abordent le sujet qui est en ce moment au centre de leurs préoccupations. Michel, qui s’intéresse à la peinture, et sait que son ami a déjà réalisé plusieurs tableaux, lui demande :

    – Ta peinture, ça marche toujours ?

    – Plus que jamais, mais c’est beaucoup de travail et ça me prend la tête.

    – Et tu peins en ce moment ?

    – Bien sûr, je travaille sur la représentation d’un village de Provence, le village de Roussillon plus exactement.

    – Cela ne doit pas doit pas être trop difficile. Je crois savoir que tu te limites aux paysages et aux vues de villages pittoresques. Il suffit de reproduire ce que tu vois, en t’aidant éventuellement d’une carte postale ou d’une photo.

    – Ne crois pas cela. Ce tableau, il m’en fait voir de toutes les couleurs ! s’exclame Jean-Claude, un peu vexé. Entre les jaunes clairs, les jaunes tirant sur l’orange, les orangés presque rouges du soleil couchant ou presque bruns dans les zones d’ombre, j’ai beaucoup de mal à trouver les teintes exactes ; d’autant plus que je ne sais pas très bien si je dois les harmoniser avec le bleu du ciel en ajoutant quelques nuages, ou à jouer sur le contraste entre le village et un ciel intensément bleu et sans nuages. Tu vois le problème. Ce n’est pas si facile.

    – Je vois. Tu essaies de te rapprocher de la réalité mais en tentant d’apporter une touche personnelle et esthétique.

    – Et les ombres, reprend Jean-Claude, ce n’est facile non plus ! Soit je les place dans les endroits où j’estime avoir besoin de zones sombres, soit je suis logique et je tiens compte de la position du soleil qui éclaire les façades. Parfois c’est contradictoire et j’ai envie d’assombrir une façade qui normalement doit être éclairée.

    – Oui, je comprends les tourments qui t’assaillent, mais je pense qu’il est préférable de suivre ton inspiration et de ne pas t’accrocher à la stricte réalité. Si tu veux représenter la réalité à un instant donné, tu n’as qu’à prendre une photo, cela ira plus vite !

    – Je sais bien, mais ce n’est pas ce que je cherche. Ce que je cherche…, c’est parvenir à montrer la beauté du village sans forcément en faire une exacte reproduction, et, si je le peux, faire en sorte que son âme transparaisse sur la toile.

    – Noble intention, ironise Michel. Je respecte tes efforts et ta volonté de bien faire. Mais il faut évoluer. On ne peut plus peindre de nos jours comme au cours des siècles précédents. Vois-tu, moi, en ce moment je m’intéresse plutôt à la peinture moderne et même contemporaine.

    Jean-Claude est froissé par le mépris qu’affiche son ami pour la peinture qu’il pratique. Il n’apprécie pas son air supérieur et sa manie de vouloir toujours donner des conseils. Aussi, il lui fait remarquer :

    – C’est ça, moque-toi des artistes qui veulent qu’une vache dans un pré, cela ressemble à une vache et pas à n’importe quoi !

    Michel insiste et veut prouver qu’il a raison. Il a parcouru beaucoup d’expositions ces derniers mois et pris de nombreuses photos. Il cherche, parmi les tableaux qu’il a stockés dans la galerie de son portable, l’un d’entre eux qui l’a particulièrement intéressé pour la démarche artistique du peintre.

    – Ah, le voilà ! C’est le Monochrome IKB3 de Yves Klein peint en 1960. Regarde. C’est vraiment unique.

    – Mais c’est tout bleu, s’étonne Jean-Claude. Je ne vois que du bleu et il n’y a rien d’autre. C’est un fond d’écran vide que tu me montres !...

    – Oui, c’est bleu, mais ce bleu-là ce n’est pas n’importe lequel. Il a fallu le trouver, le créer même, pour le distinguer de tous les bleus ordinaires qui existent déjà : bleu indigo, bleu ciel, bleu azur, bleu marine, bleu nuit, bleu pétrole, bleu roi… et j’en passe. Tu te rends compte du travail ?

    – Là alors, pas du tout ! Pour moi, un bleu, ça n’existe pas pour lui-même. Quand je peins, je ne me contente pas d’un bleu absolu. J’essaye toutes sortes de bleus en faisant des mélanges et je choisis le plus approprié en fonction de ce que je veux représenter et des teintes voisines. Suivant mon ressenti, j’accentue sa tonalité ou je la diminue.

    – Mais il est incomparable, s’insurge Michel. Lorsque Klein a choisi son bleu, il a beaucoup hésité entre plusieurs bleus. Il a finalement opté pour le bleu d’outremer. Le pigment utilisé a un spectre d’absorption qui le rend inimitable. En plus, pour le stabiliser, il a recherché, avec l’aide d’un laboratoire, des liants qui ne modifient pas sa couleur lorsque la peinture sèche et qui assurent une bonne stabilité dans le temps. Le bleu obtenu est d’une profondeur exceptionnelle. L’artiste a été tellement content de son travail qu’il l’a fait breveter. J’ai appris cela au cours d’une conférence sur Klein.

    – Je vois, plaisante Jean-Claude. Mais ce n’est plus un travail d’artiste, c’est un travail de chimiste !

    – Peut-être. Toujours est-il qu’il l’a beaucoup utilisé pour sa peinture, en particulier pour ses empreintes anthropométriques.

    – Ha !... Je n’en ai jamais entendu parler. Qu’est-ce que c’est ?

    – Ce sont des empreintes d’un corps sur des bandes de papier collées ensuite sur des toiles.

    – Et comment a-t-il procédé ?

    – C’est simple. Il a badigeonné avec son bleu préféré le corps dénudé de son modèle, probablement sa compagne, puis il lui a demandé de se coucher à plat ventre sur des bandes de papier.

    – Comme tu dis, c’est simple. Mais j’imagine qu’avec ce genre de traitement, elle n’a pas dû rester longtemps avec lui, sa compagne. Se faire ainsi transformer en pinceau ?… Je me vois, moi, demander à ma femme de se laisser barbouiller les fesses avec de la peinture, puis lui demander de s’asseoir sur des feuilles de papier sous le prétexte de faire une œuvre d’art. Je ne crois pas qu’elle apprécierait !

    ̶ Peut-être qu’elle serait heureuse de se faire ainsi immortaliser.

    ̶ Ça m’étonnerait. Mais je me questionne : Que sont devenus ces « tableaux » ?

    ‒ Ils ont été vendus. Et comme ils sont devenus célèbres ils sont maintenant exposés dans un musée, le musée Pompidou, à Paris.

    ̶ Ah çà... Je ne m’y attendais pas !

    ‒ Tu vois, rajoute Michel, dans l’art ce qui compte, ce n’est pas de rendre aussi fidèlement que possible la réalité du monde, mais de permettre à l’artiste de découvrir de nouvelles voies et de chercher de nouveaux procédés pour délivrer son message.

    – J’aimerais bien connaître le message des empreintes,  s’esclaffe Jean-Claude.

    – Une empreinte, c’est comme une « incorporation ». Le sujet est intégré, fondu dans la toile en quelque sorte en y laissant son empreinte. Et il n’est pas nécessaire que la forme soit fidèlement représentée ; seule la trace compte.

    – Un peu comme faisaient les hommes préhistoriques quand ils trempaient les mains dans leurs peintures et les appliquaient contre le mur des cavernes.

    – C’est cela. Ils étaient très modernes.

    – Et moi, je suis nul peut-être, quand je m’efforce d’être le plus près possible de la réalité, comme l’ont fait avant moi de nombreux peintres pendant des siècles ?

    – Je ne dis pas cela, mais je dis qu’il n’y a pas qu’une seule manière de peindre et qu’on ne peut pas toujours reproduire la même chose. Il faut innover. Tiens, je vais te donner un exemple. Ma voisine s’est mise à la peinture depuis quelques mois. Elle n’avait jusque-là jamais tenu un pinceau. Eh bien ! elle a été moderne tout de suite. Elle n’a pas essayé de peindre des paysages, des portraits ̶ elle en aurait d’ailleurs été tout à fait incapable. Elle a préféré réaliser des tableaux abstraits. Elle m’en a montré un récemment. C’est une toile avec un fond blanc sur laquelle elle a étalé quelques lignes noires horizontales, un peu comme une partition musicale, puis a peint par-dessus une bande également noire, sinusoïdale, qui les enserre rageusement. Quand je lui ai demandé ce qu’elle avait voulu réaliser, elle m’a expliqué que les lignes horizontales évoquaient pour elle une sorte de barrière qui la maintenait prisonnière et que la bande rageuse signifiait sa volonté de se libérer des contraintes qui l’étouffaient. Tu vois, quelques coups de pinceaux jetés sur une toile blanche lui ont suffit pour exprimer son malaise.

    – C’est le genre de création qu’un enfant de cinq ans peut faire, répond Jean-Claude en rigolant. Et tu lui as acheté ce gribouillage psychologique ?

    – Oui, elle m’a présenté son tableau avec tant de passion que je n’ai pas pu lui refuser.

    – Dis plutôt que tu l’as acheté pour ses beaux yeux et pour lui faire plaisir. Cela sera plus honnête. Je suis sûr que tu n’as pas osé l’exposer dans ton séjour.

    – Pas encore, mais j’y pense. Dans le séjour, je n’ai pas trouvé d’endroit pour le mettre. Je vais plutôt le placer dans le couloir. Il s’y intégrera mieux étant donné sa forme allongée : un mètre de largeur pour trente centimètres de haut.

    – Elle aurait quand même pu l’égayer avec quelques points rouges, un peu comme des notes de musiques, pour faire allusion à l’harmonie universelle.

    – Tu plaisantes ! Cela aurait dénaturé la spontanéité de l’ensemble, rétorque Michel, courroucé.

    Il comprend que son ami ne le prend pas au sérieux, qu’il est bloqué dans ses représentations figuratives de la nature et qu’il ne s’est jamais intéressé à l’art abstrait. Sa nature d’ancien professeur reprend le dessus et il décide de faire preuve de pédagogie. Il se lance alors dans la présentation de quelques artistes dont il admire la démarche intellectuelle : Pollock, pour lequel l’acte de peindre est plus important que le résultat, et qui est un des maîtres de « l’action painting » (peinture d’action) grâce à ses « drippings » (égoutter et faire couler) où seuls comptent les mouvements de l’artiste et les traces qu’il laisse sur la toile ; Richter, et sa fameuse toile aux 1024 rectangles colorés, chacun avec une teinte particulière ; Baselitz, qui retrouve un style vaguement figuratif, mais qui présente ses toiles en position inversée pour que le spectateur les considère comme des œuvres abstraites ; Rutault, qui a réalisé des empilements de toiles non peintes qui tournent le dos au spectateur, ou alors, dans un violent mouvement de contestation, les a collées contre le mur de la salle d’exposition et les a peintes en même temps qu’il repeignait le mur d’une teinte uniforme…

    – Ouf ! N’en jette plus, c’est trop, tu m’achèves, proteste Jean-Claude. En réaction contre tous ces mouvements, moi, je vais présenter un tableau blanc, uniquement blanc, à ma prochaine exposition.

    – Un tableau blanc ? reprend Michel, condescendant. Mais tu n’auras rien inventé, cela s’est déjà fait. Plusieurs artistes se sont échinés à travailler le blanc. Et ne crois pas que c’est facile, il y a beaucoup de nuances dans le blanc. Certains ont cru atteindre le blanc absolu et sont devenus fous en voyant qu’ils n’y parvenaient pas. Tu vois, j’ai un chat blanc à la maison, enfin que je croyais blanc. L’hiver dernier, je l’ai vu courir sur la neige, et là, je me suis aperçu qu’il n’était pas tout à fait blanc mais que son poil était légèrement teinté de gris et de jaune par rapport à la neige.

    – C’est un peu comme les lessives qui lavent plus blanc que blanc ! plaisante son ami.

    – Tu ne me prends pas au sérieux. Pourtant il y a déjà eu des expositions où des artistes exposaient des tableaux blancs. L’une d’entre elle est bien connue dans le monde de l’art, celle d’Avignon en 2007.

    – Et pourquoi ?

    – Parce qu’une jeune femme, fascinée par le tableau blanc qu’elle contemplait, est tombée dans un tel état d’adoration qu’elle n’a pas pu se contrôler et l’a subitement embrassé.

    – Ce n’est pas bien grave, c’est même amusant.

    – Oh que si c’est grave ! Elle avait un rouge à lèvres particulièrement violent. Il a laissé sur la toile une trace indélébile. Impossible de l’enlever : la matière grasse qu’il contenait avait pénétré le support avec le colorant. Une véritable violation de l’œuvre !

    – Il suffisait de redonner un coup de blanc sur le tableau pour la faire disparaître.

    – Insuffisant ! s’exclame Michel. Cela a déjà été fait sur un autre tableau blanc maculé par des graffitis dessinés avec un bâton de rouge à lèvres quelques années auparavant. La toile a été repeinte en blanc et a retrouvé sa blancheur originelle. Mais, avec le temps, le rouge est peu à peu réapparu, comme pour rappeler son existence.

    – Je ne pensais pas qu’un rouge à lèvres pouvait être aussi diabolique, répond Jean-Claude en rigolant. Mais moi j’adore et ne compatis pas.

    – Tu dis cela parce que tu ne te rends pas compte du préjudice subit par le propriétaire du tableau : il était estimé à 2 millions d’euros.

    – Ça me fait encore plus marrer. Mais qu’est-il advenu à l’ardente amoureuse de cette toile blanche ?

    – Elle a été jugée. Le propriétaire réclamait 2 millions d’euros car il estimait que sa toile ne valait plus rien. Finalement le juge a été indulgent ; elle n’a été condamnée à payer que 1500 euros de dommages-intérêts et à faire une centaine d’heures de travaux d’intérêt général.

    – 2 millions d’euros ! Comment peut-on arriver à une somme pareille pour une toile blanche ? Je n’arrive pas à comprendre.

    – C’est tout simplement lié à la cote de l’artiste et à la loi de l’offre et de la demande. S’il n’y a pas de demande l’œuvre ne vaut rien ou pas grand-chose, si les acheteurs se bousculent sa valeur monte et peut atteindre des niveaux astronomiques. Tu as déjà entendu parler de la « tulipomania » ?

    – Non, cela ne m’évoque rien, sauf pour certaines personnes d’être maniaques pour les tulipes.

    – C’est un peu cela. Dans les années 1600, l’attirance des hollandais pour ces fleurs était devenue tellement démente qu’un oignon de tulipe pouvait atteindre le prix d’une belle maison ! Ils se les arrachaient à prix d’or car les tulipes étaient devenues un objet de spéculation. Cela s’est d’ailleurs terminé par une crise financière. Pour les tableaux, je pense que c’est pareil. Quand il y a trop d’argent qui circule dans le monde, les investisseurs se reportent sur les œuvres d’art et sont prêts à dépenser des sommes folles pour se les procurer, à condition toutefois qu’elles soient produites par des artistes cotés et reconnus.

    – Après tout, si quelques artistes en profitent, pourquoi pas ! Mais qu’est devenu le tableau ?

    – Je crois qu’il n’a pas été restauré. Il doit continuer sa carrière dans différentes expositions sous le nom de « Rouge baiser sur tableau blanc ». Il paraît même que sa valeur a augmenté grâce à la publicité faite par le procès et les polémiques soulevées. Les marchands d’art en ont profité pour organiser différentes expositions sur le thème du baiser.

    – Ce n’est plus de l’art, c’est du commerce ! s’exclame Jean-Claude Quand je pense que dans mon groupe on a beaucoup de mal à vendre nos toiles … Bon, c’est vrai, on ne fait pas de la peinture pour gagner de l’argent, mais parce que cela nous fait plaisir. Toutefois on est heureux quand quelqu’un s’intéresse à l’une de nos toiles et nous l’achète pour décorer son intérieur. La simple idée qu’elle soit regardée de temps en temps suffit à notre bonheur. Je ne suis pas comme ces peintres dont tu parles. J’ai l’impression que pour toi l’œuvre n’a d’importance que pour les réactions qu’elle suscite chez les spectateurs. Si je suivais ta logique jusqu’à l’absurde, à ma prochaine exposition, je pourrais tout simplement accrocher au mur un cadre vide avec seulement un carton d’accompagnement : « Œuvre en gestation. L’artiste réfléchit. »

    – C’est une très bonne idée, reprend Michel avec enthousiasme. Cependant je serais très étonné que personne n’y ait encore pensé. Mais tu devrais essayer. Si tu le fais, je viendrai à ton exposition. Je suis curieux de voir les réactions des visiteurs devant un cadre vide…

     

    Voyant que ses clients s’éternisent, le garçon de café interrompt leur conversation :

    – Ohé les "jeunes", je termine mon service. Vous pensez à me régler les consommations ?

    – Bien sûr, répond Jean-Claude, d'ailleurs on va y aller, il se fait tard et nos femmes vont commencer à s’inquiéter, mais avant... sers-nous un autre pastis, pour la route !

     

     

     

     

     

     

     

     


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  • par Nadine Foissotte

    16 mai 2020

     

    Il éclate avec une fureur sans égale

    Feu rougeoyant, ardent et ravageur  

    Dans tout votre être, il s’empale

    Attaque sans pitié votre cœur

    Le broie, le lamine et déloyal

    S’éteint, laissant cendres et douleur

     

    Il crépite dans la cheminée…

    Les flammes dansent joyeusement

    Alors que derrière les vitres gelées

    Le froid étreint le village endormi

    Une douce chaleur nous envahit

    Le cœur se desserre doucement.


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  •  

    par Louis-Marie Roussiès

    novembre 2019

    Vernouillet s’étend sur deux plateaux qui dominent la ville de Dreux. Son cœur est occupé par un site naturel préservé, en partie classé en zone inondable : la vallée de la Blaise. Elle offre un espace de verdure alternant la prairie avec des parcelles cultivées. On est agréablement surpris par son petit centre-ville, champêtre, favorable à la promenade et aux échanges, aux creux d’anciens marécages,  pourvu de son Eglise « St Sulpice » dont les origines remonteraient au 12ème siècle, d’un centre culturel « l’agora », d’une piscine municipale et d’une bibliothèque.

    La ville très étendue est malheureusement traversée par une quatre voies, sonore, polluante, qui crée une partition du territoire par endroit. Mais de nombreux projets sont en cours pour favoriser l’échange entre les quartiers.

    Un apport culturel remarquable est offert aux habitants :

    • Un atelier à spectacles : lieu ambitieux de création artistique, de formation d’acteurs, ouvert aux jeunes des écoles, et qui présente une quarantaine de spectacles par an.
    • Une salle municipale « l’Agora » qui accueille tous types de manifestations : des concerts, des repas dansants, des expos, des cérémonies diverses.
    • Une bibliothèque municipale : lieu de rencontres, d’échanges avec des expositions, des conférences, des clubs de lecture, des rencontres d’artistes…

    En outre, la proximité de Dreux, voire son imbrication par endroits, enrichit considérablement l’apport culturel de Vernouillet : 

    - L’université du temps libre avec une quarantaine de cours et d’ateliers

    - La médiathèque de l’agglomération

    - Le théâtre en centre-ville avec une trentaine de spectacles.

    - Un cinéma de 12 salles.

    - Une grande librairie.

    Habiter Vernouillet, cinquième ville du département d’Eure et Loir, est un privilège, offrant à tous un parfum de campagne et une possibilité unique de se cultiver.

     


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  • par Louis-Marie ROUSSIES

    2019

     

    Il était une fois, au milieu des marais, de pauvres paysans qui cultivaient quelques lopins de terres (des mottes)* séparés les uns des autres par de grands fossés remplis d’eau pendant l’automne et l’hiver. Ils se déplaçaient en barque. Le père, la mère et leurs six enfants habitaient dans une hutte* (cabane en bois)

    Cet hiver-là était très froid et le bois venait à manquer. La mère dit à son époux : «  Nous ne pourrons pas survivre, il fait trop froid et la nourriture vient à manquer, il faut rejoindre le village le plus proche » Les enfants recroquevillés dans un coin de la cabane approuvent de la tête « Il faudra faire plusieurs tours, sinon la barque va chavirer, murmure le père.  Et là-bas nous ne connaissons personne où vais-je les mettre par ce grand froid ? » « Tu trouveras bien un abri, ce sera toujours mieux qu’ici crie la mère, on meurt de froid et on commence à avoir les pieds dans l’eau »

    L’expédition dans les fossés fut laborieuse, dangereuse, plusieurs fois le bateau faillit chavirer. Une chance car personne ne savait nager.

    Ils arrivent au village, se regroupent dans une auberge remplie d’hommes qui se moquent d’eux  « Regardez ces gens tout dépenaillés… Ils sentent mauvais… Ils vont nous apporter leurs maladies… Ils vivent comme des sauvages… On ne comprend même pas ce qu’ils disent » Ceux qui parlent ne sont pas plus raffinés, presque tous à moitié ivres dès le début de la journée, leurs enfants trainent dans les rues, font des bêtises, peu vont à l’école que vient d’ouvrir le curé.

    Les fenêtres se ferment quand ils déambulent dans la grande rue du village. « Sauvages… retournez dans vos marais mouillés… » Quelques enfants les suivent et veulent se joindre à eux. Le denier de la famille, Alphonse, joue avec avec eux et se perd dans les ruelles. Il appelle, il crie, rencontre une dame bien habillée, au visage doux : « Je ne te connais pas, ne viens-tu pas de ces marais, par ce froid, quel malheur pour vous ! » l’enfant parle, elle a du mal à comprendre…Il se met à pleurer. Elle lui prend la main mais il se sauve à toutes jambes et se heurte à un très vieux monsieur qui a perdu toutes ses dents : « N’aie pas peur, je ne vais pas te manger, je n’ai plus de dents » Il lui sert la main et tente de l’emmener chez lui. L’enfant lui crache au visage et s’évade.

    Soudain, il entend les cloches de l’Eglise sonner. La nuit commence à tomber. Il voit une lumière scintiller à travers la fenêtre d’une grande maison et se dirige dans sa direction. Une voix l’appelle, c’est celle de son père. Après s’être de nouveau perdu il retrouve sa famille, toute recroquevillée au pied de la petite Eglise. Un vieux curé vient ouvrir. « Pour la nuit vous pourrez dormir au fond de l’Eglise, mon sacristain va vous apporter des couvertures »

    La nuit est agitée et froide…Dès l’aube une grande dame élégante ouvre la porte, marche de long en large dans les allées, manque de heurter les enfants étalés près du chœur. D’une voix forte et criarde, elle annonce «  Je suis la propriétaire du château, je viens vous chercher, je vais vous loger… »

    Ils s’activent, croyant rêver…

    Arrivés au château, qui se tenait à deux pas, la dame leur annonce : «  Je vais vous loger dans la grange, il y a du foin et de la place pour tout le monde, ce sera toujours mieux que vos huttes. Mais il faudra aider pour les travaux de la ferme et s’occuper des animaux… Je vous donnerai à manger »

    Ils s’installent, trouvent une place pour chacun, vomissent tous les uns après les autres en raison de la forte odeur dégagée par les animaux. Un vieux serviteur leur apporte un breuvage fait de vieux pain trempé dans un bouillon de légume.

    De l’ouvrage il n’en manque pas ! Le soir ils sont épuisés. Les enfants travaillent aussi pour le soin des animaux. Ils mangent souvent les restes des repas, les mêmes que l’on donne aux chiens…

    Le printemps arrive enfin.

    Ils se disent : « Retournons dans nos marais ! Là-bas, on mange ce qu’on veut grâce à notre pêche et notre chasse, on n’est pas commandé, on est libre… On va calfeutrer la hutte pour l’hiver et faire une grande réserve de bois…»

    Ils retournèrent dans leur marais, y vécurent pauvrement, mais fiers de leur indépendance.

     

    N.B. Inspiré en partie d’une histoire vraie

     *Terme local


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  •  par Aimé LAMOUROUX

    13 mai 2020

     

    Je suis un coronavirus,

    Petit, tout petit, un minus.

    À cheval sur des postillons

    Je vais de maison en maison.

     

    Je suis petit mais très costaud,

    Je me ris des anti-viraux,

    Pas étonnant qu’on me déteste,

    Qu’on me craigne comme la peste.

     

    Je suis affreux et je fais peur,

    Mon arrivée crée la terreur

    Et quand chez vous je m’introduis

    Le jour devient bientôt la nuit.

     

    Je suis méchant sans le savoir,

    Je fais du mal sans le vouloir.

    Venu de l’on ne sait trop d’où

    J’essaie de vivre parmi vous.

     

    Dans vos poumons je me prélasse,

    Pour moi, c’est un immense espace.

    De votre souffle je m’enivre,

    Chacun sur terre a droit de vivre.

     

    Et c’est sans peine et sans remord

    Que parfois j’apporte la mort ;

    Sachez que je n’y suis pour rien

    Moi qui ne sais pas d’où je viens.

     

    On m’accuse de tous les maux,

    C’est vrai que je suis un fléau,

    Mais si grâce à vous je prospère

    C’est peut-être un mal nécessaire.

     

    Dans quelque temps je partirai,

    Vous pourrez alors respirer.

    Mais n’oubliez pas qu’un jour

    Je pourrais être de retour…

     

     


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