• Chantal Duneau

    28 mars 2018

     

    Nuit

    Traversée de bleus frissons

    Appesantie de rêves non éclos

    Chaque feuille est en attente douloureuse

    D’une providentielle averse

    Mais tu n’enfantes que du vent

     

    Nuit

    Tissée d’angoisses

    Au chevet de nos insomnies

    Refuge des espérances tues

    Quand meurent au lointain

    Les sanglots des sources invisibles

    Et que s’installe un effrayant silence

     

    Nuit

    Obscure présence

    Peuplée d’ailes frémissantes

    Jalouse de tes noires magies

    Dans la ronde hallucinante des spectres

    La grâce dansante de l’arbrisseau

    Devient l’éternelle menace

    Au fatal détour du chemin

     

    Nuit

    Diluée lentement à l’horizon blêmi

    Quand naît au monde l’exigeante aurore

    Éclatée au matin pour l’hymne des soleils

     

    Nuit

    Tu cèdes enfin la place au jour.

     


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  •  par Chantal Duneau

    14 février 2018

     

    Le soleil

    Sur la carte du temps

    Très lentement

    Descend.

     

    Ses longs rayons obliques

    Jaloux de leurs couleurs

    Sans cesse réinventées,

    Éclatent à l’horizon de nos vieilles cités.

     

    Sur un ciel indécis

    Suspendu un moment

    Aux portes de la nuit

    Il joue de tout son art

    Sur de secrètes cordes.

     

    Et le cœur s’abandonne

    En cet instant fugace,

    Lâchant toute rancune

    Oubliant ses défaites

    Et ses peurs tenaces.

     

    C’est sans tristesse aucune

    Qu’il peut s’approprier

    La beauté du tableau

    Avant que les ténèbres

    Ne viennent tout recouvrir.

     

    Pourtant, de ce couchant,

    Sous l’impassible voûte,

    Jaillissent l’or et le sang

    Nous rappelant soudain

    Qu’en un lointain si proche

    Et presque chaque soir

    Un soleil noir

    Se noie,

    En méditerranée.

     

     


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  • Chantal Barillot

    31 janvier 2018

     

    Depuis trois jours, le ciel déversait sa colère sur Paris, sur les toits, les pare brises, les parapluies, sur la Seine, les jardins publics, les monuments. Dans la tête de Manu, dans ses yeux, dans son silence, la même colère. Mais sa colère à lui, c’était sur sa mère qu’elle se déversait. A.V.C. avait dit le médecin. Coma profond. On ne sait pas si elle se réveillera. Il faut attendre, lui parler. Il lui parlait, tous les jours il lui parlait. Elle ne répondait pas. Elle n’avait jamais répondu. C’était urgent maintenant. Sinon elle s’en irait avec son secret et lui ne saurait jamais qui était son père. Ce soir là, il l’avait secouée, secouée, pour tenter d’obtenir une réponse, une infirmière était entrée, il avait fui, marché dans Paris sous le ciel noir pour apaiser sa colère, cacher la honte de cette colère. Il avait décidé de ne plus retourner à l’hôpital pendant quelque temps, de prendre un peu de distance.
    Le lendemain matin, il s’était rendu dans l’appartement où il avait passé toute son enfance. Le désordre qui y régnait témoignait de la vie fantasque qu’ils y avaient menés tous les deux et qu’elle continuait d’y mener malgré les années. Assis dans la cuisine, il avait répété sans en prendre vraiment conscience les gestes familiers dont il avait l’habitude quand il venait la voir. D’une main, il avait repoussé le fouillis hétéroclite qui encombrait la table, avait placé deux tasses sous le percolateur. Mais elle n’était pas là. Elle n’était plus là. A sa place un vide, le même vide les matins où, enfant, il préparait deux bols mais déjeunait tout seul sur la même table encombrée, parce qu’elle n’était pas rentrée. Pour combler l’absence, il avait attrapé en haut du buffet, la petite boite de galettes bretonnes remplie des photos d’un temps passé… Aujourd’hui, sa mère ressemblait encore beaucoup à cette adolescente, la même silhouette gracile, le même visage ovale, le même regard noir, décidé, la même tignasse indomptable, plus grise maintenant…
    Dans la boite de biscuits, il avait trouvé une carte postale à laquelle il n’avait jamais, jusqu’à présent, prêté la moindre attention. Pourquoi, ce matin là, ce paysage normand d’une mer grise sous un ciel d’hiver avait-t-il retenu son regard ? Au dos, quelques mots : Un homme…une femme… une rencontre…plus bas une signature, indéchiffrable. Immédiatement, il avait pensé au film de Claude Lelouch paru peu avant sa naissance. Il avait fredonné : Chabadabada… chabadabada…
    Allongé sur le lit étroit dans la chambre qui restait la sienne, la carte postale dans la main, il assemblait les morceaux d’un puzzle fantasmatique et échafaudait une histoire, son histoire… Sur cette plage immense, déserte en hiver, un homme, une femme s’étaient rencontrés, s’étaient aimés. Mais la femme était trop libre, trop rebelle, cette femme, c’était sa mère… et l’homme…

    Des images s’étaient succédées, un peu floues. La cuisine…la table encombrée… Trois bols… un homme … des tatouages sur les avant-bras… et un enfant… une voiture… des rires…un long voyage… une plage immense et la mer, l’eau jusqu’au bout du ciel… l’homme et l’enfant assis sur le sable humide, serrés l’un contre l’autre et la mer… les vagues… les minuscules petites pattes qui courent dans tous les sens au bord de la mousse blanche… les oiseaux multicolores au bout de leur ficelle… un chien mouillé… Rêvait-il ? S’était-il endormi ?


    Manu se tient debout, d’inoffensives vaguelettes viennent lécher ses chaussures accompagnant le bruit léger du ressac. Il reste immobile un moment, le regard fixé sur l’horizon qui s’obscurcit, puis remonte vers la promenade, s’assoit tout en haut sur le sable sec. Bientôt, la nuit va effacer les quelques images imprécises aux quelles il s’accroche. Quelques promeneurs tardifs font gémir les planches de bois, une femme court le long des vagues, un enfant joue avec un grand chien roux.
    L’enfant porte un bonnet rouge et des bottes de la même couleur. Il s’est assis pas loin de Manu. Le chien gratte le sable, l’enfant jette un bâton, le chien court vers la mer, revient le bâton dans la gueule, jappe joyeusement près de l’enfant, lui lèche le visage, l’enfant rit, Manu aussi. Le même manège continue quelque temps : Le chien, le bâton, l’enfant, son rire et le rire de Manu. Puis l’enfant se lève,
    - Comment tu t’appelles ? dit Manu,
    - Gaspard, répond l’enfant,
    - Et ton chien ?
    - Le chien
    - Ah ! dit Manu
    - Et toi ?
    - Manuel mais tout le monde m’appelle Manu
    - Tu vas rester longtemps ?
    - ça dépend. Je cherche quelqu’un.
    - Ah ! dit l’enfant
    Il rappelle son chien et s’éloigne en faisant un geste de la main.
    Tout sur la grande plage déserte maintenant est calme et tranquille

     


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  • Nadine Foissotte

    6 décembre 2017

     

    Je suis libre
    Comme la feuille qui danse sous l’alizé
    Comme la fumée qui s’élève du foyer

    Tu es libre
    Comme les nuages détalant dans le ciel    
    Comme l’enfant aux cheveux couleur de miel

    Elle est libre
    Comme le voile enlevé, son choix assumé   
    Comme le corps dénudé prêt à s’exposer
     
    Nous sommes libres
    Comme les vagues qui dansent sur l’océan
    Comme les étoiles luisant au firmament

    Vous êtes libres
    Comme le chaud soleil protecteur des moissons
    Comme la neige nous offrant ses blancs flocons
     
    Ils sont libres
    Comme l’esclave enfin délivré de ses chaînes  
    Comme tous les hommes libérés de leurs haines  
     


    …Etre libre
    Comme le bel oiseau sorti de sa cage
    Comme les mots qui gambadent sur ma page
     


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  • Jean-Pierre Leguéré

    6 décembre 2017

     

    C’est donc cela être mort ? Se retrouver en sa seule compagnie, sans personne avec qui parler, condamné au soliloque ? À vrai dire, j’ai connu bien des vivants dans la même situation, quelques égrotants, mais aussi bien des freluquets, enfermés dans un triste ménage ou, pire encore, retenus d’approcher l’Autre.
    Quand même, je ne pensais pas finir comme ça… Ma dépouille allongée dans l’herbe, une dépouille à deux balles. Oui, deux balles tirées par je ne sais qui. Mon dernier souvenir, c’est juste ces deux détonations. Je ne me suis pas rendu compte que je passais définitivement d’un état à un autre. Comment ai-je donc été assassiné ? Où quand, qui, comment, pourquoi ? De ces injonctions journalistiques pour relater un fait divers, je ne connais de réponse que le où ; bien sûr, la situation fait que j’ai pris de la hauteur, mais tout de même, j’aimerais posséder les autres réponses. Nullement par esprit de représailles ou de vengeance, pas plus par goût du châtiment, ni parce que je serais épris de justice. Non, juste, par curiosité, c’est tout. Je dois pourtant m’avouer à moi-même qu’un nom m’est venu tout suite à l’esprit :  Antoine… Mais je m’en veux de cet immédiat soupçon. Il y a tant d’autres possibilités.


    J’aime Fabienne, mais, pour les raisons mêmes qui faisaient que j’en étais tombé amoureux, bien d’autres en sont venus à la désirer : ses longues jambes, ses formes rondes et longues tout à la fois, ses cheveux, bruns et courts sous la casquette, sa gouaille et puis cet air gavroche qui rappelait Jeanne Moreau dans « Jules et Jim ». Et comme Fabienne aimait être aimée, elle en a mis quelques uns dans son lit, enfin, dans notre lit. Lit conjugal, appelons-les choses par leur nom. J’étais ulcéré bien sûr mais j’ai fait moi aussi quelques anicroches à nos vœux de fidélité. Du coup chacun tenait l’autre par la barbichette. Nous n’étions pas vraiment jaloux, nous savions intimement que ce n’était de part et d’autres que passades. Pourtant, avec l’arrivée d’Antoine, il s’est passé quelque chose. J’ai ressenti que je devenais de trop. Antoine ? Peut-être…


    La nuit venait de tomber. Comme tous les soirs, Tom et Lulla, nos deux épagneuls, étaient dehors, dans le parc de la propriété. Brusquement, ils se sont mis à gronder puis aboyer furieusement. Nous les entendions très bien parce que nous étions tous les deux dans le salon silencieux ; moi, je lisais dans mon fauteuil un roman polar de Gardner, "Chantage à l’œil" dont je ne connaitrai jamais la fin ; ma femme, assise au bureau, faisait les comptes ; c’est qu’elle aime l’argent, Fabienne ! Et nous en avons. Et même beaucoup, c’est fou tout ce dont nous avons hérité… Ça a fait des envieux, voire des ennemis, de toute sorte ! Y compris dans la famille, du moins sa famille à elle… Nous nous sommes regardés,  Fabienne et moi. Elle m’a dit, je m’en souviens bien, elle m’a dit d’une voix pressante, mais presque basse, comme pour ne pas effaroucher l’éventuel intrus : « Hugo, faut voir… Y a quelqu’un dans le parc ».


    Je suis sorti ; effectivement j’ai vu une ombre furtive près du grand chêne, là où se trouve mon corps maintenant. Je ne peux pas dire que j’ai vu distinctement l’assassin. Un homme, j’en suis presque sûr ; avec sur la tête un bob, du moins il me semble ; de la taille d’Antoine, peut être. Je ne pourrais témoigner de rien de concret, de probant. Je pourrai juste inventer un peu, par jalousie, pourquoi pas ?  Mais personne, bien sûr, ne me demandera rien.


    Les premiers qui sont venus près du chêne, près du cadavre en fait, ce sont les chiens. Ils se sont tus, m’ont flairé et puis se sont couchés près de moi. Ce n’est que longtemps après que Fabienne est arrivée, son portable à la main. Me voyant à terre, elle a hésité, comme si elle n’osait pas toucher ce corps qu’elle avait si souvent pressé, cajolé, caressé. Finalement, d’un geste décidé, elle a mis le portable dans sa poche ; elle a pris ma main gauche, puis mon poignet pour chercher le pouls. Qu’elle n’a pas trouvé. Alors elle est allée poser sa main sur ma veine jugulaire. Là, elle a compris, elle a murmuré : « Seigneur !» et puis encore un peu plus fort « Mon Dieu, mon Dieu ! » et elle repartie vers la maison telle une ombre fuyante. Les chiens sont restés.


    J’aurais préféré un peu plus de passion, qu’elle prenne mon corps à peine refroidi dans ses bras, qu’elle embrasse mon visage, qu’elle dépose un dernier baiser sur mes lèvres. J’ai toujours été comme ça, dans l’espoir des effusions. Et presque toujours déçu, justement parce que j’en espérais plus et plus encore et que cela faisait fuir les mieux disposées.


    La suite est aisément prévisible, tout le monde la connaît par cœur. La télévision en donne une représentation, parfois même plusieurs, chaque soir. Jusqu’à l’écœurement.  Fabienne téléphonera, puis arriveront les voitures de flics, l’ambulance qui emportera ma dépouille à la morgue, le commissaire qui énoncera des hypothèses…Ah le proc ! Ce sera sans doute Bonnichon, un type un peu sec, arrogant, mais pas avec moi : il ne peut oublier que nous sommes allés à l’école ensemble et qu’à l’époque on le surnommait Belle Mamelle ! Ça va lui faire tout drôle cette dernière rencontre… Il y aura aussi les techniciens de la crime et  le légiste et les photographes, et puis ce lieu de toutes les bêtes fascinations : la scène de crime. Je vomis ces kilomètres de film, ces heures de dialogues poussifs, ces lieux communs de l’humaine conjugaison... Pourtant, c’est de cette boue là que sortira sans doute un jour le nom de mon assassin ou ceux de mes assassins. Et si c’était Antoine et Fabienne, tous les deux ? Ignoble pensée, à chasser… À chasser tout de suite ! Mais qui alors ? Qui ?


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