• Chantal Duneau

    28 mars 2018

     

    Nuit

    Traversée de bleus frissons

    Appesantie de rêves non éclos

    Chaque feuille est en attente douloureuse

    D’une providentielle averse

    Mais tu n’enfantes que du vent

     

    Nuit

    Tissée d’angoisses

    Au chevet de nos insomnies

    Refuge des espérances tues

    Quand meurent au lointain

    Les sanglots des sources invisibles

    Et que s’installe un effrayant silence

     

    Nuit

    Obscure présence

    Peuplée d’ailes frémissantes

    Jalouse de tes noires magies

    Dans la ronde hallucinante des spectres

    La grâce dansante de l’arbrisseau

    Devient l’éternelle menace

    Au fatal détour du chemin

     

    Nuit

    Diluée lentement à l’horizon blêmi

    Quand naît au monde l’exigeante aurore

    Éclatée au matin pour l’hymne des soleils

     

    Nuit

    Tu cèdes enfin la place au jour.

     


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  •  par Chantal Duneau

    14 février 2018

     

    Le soleil

    Sur la carte du temps

    Très lentement

    Descend.

     

    Ses longs rayons obliques

    Jaloux de leurs couleurs

    Sans cesse réinventées,

    Éclatent à l’horizon de nos vieilles cités.

     

    Sur un ciel indécis

    Suspendu un moment

    Aux portes de la nuit

    Il joue de tout son art

    Sur de secrètes cordes.

     

    Et le cœur s’abandonne

    En cet instant fugace,

    Lâchant toute rancune

    Oubliant ses défaites

    Et ses peurs tenaces.

     

    C’est sans tristesse aucune

    Qu’il peut s’approprier

    La beauté du tableau

    Avant que les ténèbres

    Ne viennent tout recouvrir.

     

    Pourtant, de ce couchant,

    Sous l’impassible voûte,

    Jaillissent l’or et le sang

    Nous rappelant soudain

    Qu’en un lointain si proche

    Et presque chaque soir

    Un soleil noir

    Se noie,

    En méditerranée.

     

     


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  • par Chantal Duneau

    12 décembre 2015

                                                                                                                                                    Thème: Faites parler un objet

    Je ne suis qu'un crayon à papier, mais fier de l'être!

    Tête noire et col blanc sur une belle livrée verte, droit comme un i dans le pot de terre cuite, je côtoie mes frères de couleurs et quelques jeunes blancs-becs, à bille ronde, qui rient sous cape, assurés qu'ils sont de notre fin prochaine. Ils ne peuvent pourtant s'enorgueillir comme moi d'un chiffre et d'une lettre gravés sur le flanc en l’occurrence un 3 B, garant de mes performances.

    Eh oui! Je sors d'une édition numérotée! J'ai la mine affûtée et la taille fine car je suis issu du bois dont on fait les outils indispensables à ceux qui écrivent, dessinent et tirent des plans sur la comète.

    Pour ma part, je suis au service d'une personne qui gratte beaucoup le papier, se croyant sans doute quelque talent! Ainsi, des heures durant, je vais, je viens, je cours sur des feuilles blanches, je gribouille, griffonne, rature, souligne, surligne, surnote, surcharge, ébauchant même parfois une silhouette, un visage, un paysage... Il m'arrive, je l'avoue, de forcer le trait -sinon l'admiration- ce qui me vaut d'être mis à pied.

     

    Vous les pinceaux, ne vous gaussez pas car un sort peu glorieux vous attend: un jour, amaigris, le poil ras, vous sécherez de dépit dans vos bocaux maculés de peinture.

    Quant à vous, les crayons de couleurs, nuancez vos comportements.

    Vous pavoisez dans vos éclatantes tenues mais votre usage est limité et vous devez vous unir pour produire quel qu’effet quand moi je garde mon indépendance!

    Silence la gomme! Vous prétendez pouvoir m'anéantir? Que nenni, je renais de suite, à l'endroit même que vous venez de quitter

     

    Non! L'objet de mes inquiétudes est ailleurs: à quelques rames de moi, sur le bureau voisin, me parviennent les ricanements de mes ennemis jurés: claviers divers, machines élagueuses dont on sort meurtri et diminué, feutres débiles, souvent d'ailleurs indélébiles, correcteurs en tout genre et plus loin disséminés dans la maison: dictaphone, téléphone, smartphone et autres beaux parleurs... Qu'on ne s'étonne pas alors de ma mine de papier mâché: La lutte est serrée et je m'imagine déjà en fin de vie, rejoignant dans la coupelle transparente, mes prédécesseurs en habit vert, réduits à leur plus simple expression: un centimètre à peine (taille imposée par la propriétaire!). J'entrerai alors dans l'académie des bouts de crayon, en hommage aux service rendus à la culture!

    Frères crayons*, qui après nous vivrez, ne faites pas grise mine, car si la horde des adversaires -qui se réclament de la toile- grossit et rend notre avenir incertain, rappelez-vous qu'en ce bas monde, tout passe et tout s’efface... Oui, c’est cela: tout s'efface!

     Confession d'un crayon

                                                                                                                                         Chantal Duneau  

     

    * allusion à l’épitaphe de Villon

     


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