• L'enfant rouge

    par Nadine Foissotte

    mai 2014

     

    La vieille pendule posée sur la cheminée de marbre marque chaque seconde et comble le vide du petit appartement malgré la télévision qui du matin au soir crache ses couleurs agressives et ses annonces publicitaires où tout est jeune et beau.

    Le soleil se faufile entre les rideaux entrebâillés et projette sur les murs au papier peint fleuri et défraîchi des ombres du passé qui sourient et rappellent le temps du bonheur.

    • Minou…minou, viens Balthazar, dit en se baissant la vieille dame, tout en attrapant délicatement un chat noir au poil brillant et aux yeux verts perçants.
    • Miaou, répond-il de contentement, se laissant caresser voluptueusement.

    Les minutes s’étirent, les yeux bleus délavés mais encore vifs derrière ses lunettes cerclées, les cheveux blancs légèrement ondulés, petite et menue aux chevilles si fines qu’elles semblent prêtes à céder à chaque mouvement, elle se lève avec précaution de son antique fauteuil Voltaire et murmure :

    • Je vais aller chercher mon pain, puis je ferai cuire quelques pommes de terre, allez ça ira bien pour aujourd’hui….Ah oui, bien sûr, ne pas oublier ta pâtée, ajoute-t-elle à l’intention de Balthazar qui se frotte et s’enroule autour de ses frêles jambes.

    Suzanne vit seule dans son petit appartement du second arrondissement de Paris. Après cinquante-huit ans de vie commune, son mari est parti vers d’autres cieux, ils n’ont pas eu d’enfant. Son unique famille, un neveu qui vit en Australie et lui envoie à chaque Noël une carte qu’elle ajoute à la collection sur la grande glace qui surmonte le buffet breton qu’elle a hérité de ses parents.

    Elle regarde par la fenêtre et observe le ciel d’un bleu si intense qu’il serait d’une pureté incroyable s’il n’était zébré de petits filets blancs tels des rubans de dentelles aériennes ; pas le moindre souffle de vent dans les marronniers qui bordent l’avenue. Son regard s’accroche aux deux silhouettes qui sortent à cet instant de l’immeuble, une jeune femme un peu ronde, l’air revêche en tenue de sport et queue de cheval qui balance au rythme de ses pas et un garçonnet chétif aux cheveux si roux qu’ils paraissent rouges dans la lumière de l’été, il semble apeuré mais cependant curieux de la vie de la rue.

    « Il ne fait vraiment pas froid, peut-être un petit gilet sur les épaules tout de même » décide-t-elle, puis prend son porte-monnaie noir tout usé, son cabas et sa canne. Après avoir fermé son appartement, elle descend lentement et prudemment les trois étages qui la mènent à la grande et lourde porte d’entrée.

    Aussitôt happée par le bruit des véhicules qui se disputent âprement la chaussée, agressée par l’odeur nauséabonde que vomissent les pots d’échappement, elle chemine lentement sur le large trottoir encombré.

    Tiens, au rez-de-chaussée du 26, ils déménagent pense-t-elle, bousculée par deux grands costauds qui ne prennent pas la peine de s’excuser. Un adolescent, cheveux longs au vent, la dépasse à grande vitesse sur son skate ; plus loin au petit supermarché, le camion de Rungis livre des primeurs, il bloque la circulation et l’on entend les klaxons depuis le bout de la rue. Elle observe les conducteurs qui, dans leurs voitures, s’impatientent en tapant violemment sur leur volant, ou pire :

    • Alors tu dégages avec ton camion C…..

    Le livreur indifférent continue son déchargement, fait signer son bon de livraison, remonte dans son véhicule et s’infiltre dans la circulation pour, dans un autre quartier, recevoir son lot d’insultes quotidien.

    « Surtout ne pas oublier le repas de Balthazar ». Elle entre dans le magasin, se dirige à petits pas vers le rayon qu’elle connaît bien.

    Les clients sont peu nombreux, ils emplissent en hâte leur caddie ou leur panier et s’engouffrent bien vite dans la file des caisses. La vieille dame est dépassée par une grosse femme qui sans même un regard, pose sur le tapis quelques emplettes tout en tapant du pied, jetant un regard insistant vers la caissière qu’elle trouve sans doute trop lente et qui, sans un sourire, encaisse et lance un merci laconique de circonstance.

    Dans la rue, la foule des piétons a grossi. Un monsieur tiré à quatre épingles et feutre vissé sur ses cheveux blancs se laisse mener par son chien qui aboie après on ne sait quel insecte ; une mère de famille se hâte tout en agitant une poussette où un bébé, impatient d’avoir sa ration de lait, braille à en perdre le souffle ; plus loin, une autre, de volumineux sacs au bout des bras, allonge le pas, suivie d’une nombreuse marmaille encombrant le trottoir de leurs vélos trois roues et de leurs trottinettes.

    Suzanne, craintive, navigue lentement, du mieux qu’elle peut, au milieu de cette jungle urbaine, peuplée de citadins pressés et désabusés. Arrivée devant la boulangerie du coin, elle pénètre dans la boutique et prend sa place dans la file, sous l’œil détaché des vendeuses qui parlent comme des machines bien huilées :

    - Bonjour Madame, l’air interrogateur

    - 2 baguettes bien blanches s’il vous plaît

    - 1.70 euro

    - Merci Madame, bonne journée.

    - Et pour vous ce sera ?

    - Une demi-baguette répond Suzanne

    - 43 centimes, le regard sans vie s’impatiente lorsqu’elle voit la vieille dame fouiller dans son porte-monnaie à la recherche de la somme exacte. Suzanne tend sa monnaie

    - Voulez-vous vérifier….

    - Merci, bonne journée, répond la vendeuse d’un air mécanique tout en relevant la tête, et pour Monsieur, ce sera ?

    Décontenancée, elle attrape sa demi-baguette, se retourne et peine à trouver son chemin parmi les clients silencieux, qui sans un regard vers elle, piaffent d’impatience.

    Il est midi maintenant, elle est comme enveloppée par la violence des bruits de l’avenue : le long et strident hurlement de la sirène d’une ambulance qui grille le feu, le crissement des pneus sur l’asphalte, la sonnerie des vélos qui s’insèrent dans la circulation intense. Elle est étourdie par les piétons qui en un incessant va-et-vient traversent au feu, en courant pour certains, se bousculant sans ménagement et par ce couple qui sans vergogne se dispute sous l’abri bus.

    Son esprit s’évade et se souvient. Dans les années 50 avec Armand, ils ont souvent parcouru les rues de Paris, les grands boulevards, celui des Italiens, de l’Opéra et des Capucines, ils allaient à pied jusqu’à l’église de la Madeleine ou bien au cinéma « Studio 43 ». Ils s’asseyaient sur un banc et discutaient un moment avec les badauds.

    Et le restaurant chinois de la rue de Gramont, c’était comme un goût d’exotisme, les clients se saluaient et en quelques regards complices semblaient dire « on est bien là »… les pissotières vertes du boulevard Montmartre, toute une époque !… les colonnes Morris recouvertes d’affiches autour desquelles on devisait sur les spectacles, le kiosque à journaux et la guérite de la marchande de billets de loterie nationale « les gueules cassées ». On lui achetait un billet, elle prenait de vos nouvelles ou nous donnait celles du quartier. Comme c’est loin, les gens se parlaient, s’interpellaient et osaient se sourire.

    Suzanne retrouve son immeuble, croise dans l’escalier le garçon qui vit sur son palier, il descend quatre à quatre les marches, casque sur les oreilles, perdu dans sa musique et ses pensées. De bonnes odeurs de cuisine parviennent à ses narines :

    « Un bourguignon hume-t-elle avec envie, comme ça sent bon ! ». Il y a bien longtemps qu’elle n’en a mangé. « Pour une personne seule, vous pensez, on ne cuisine pas ! »

    Alors qu’elle atteint presque le palier du second, elle perçoit un bruit sourd et régulier qui semble venir de l’appartement….

    La porte s’ouvre brusquement, laissant apparaître l’enfant aux cheveux rouges, il est assis dans l’entrée et se tape la tête contre le mur.

    - Je descends la poubelle, tu ne bouges pas dit, d’un ton sans douceur, la jeune femme aperçue ce matin.

    Étonnée, Suzanne est dépassée sans précaution, elle monte les trois marches qui la séparent du garçonnet…. Leurs regards s’unissent un long moment, il a cessé tout mouvement, elle est figée sur le palier. Surpris, désorientés, ils s’observent minutieusement l’un et l’autre.

    Elle n’a jamais vu de tels yeux, rouges tellement rouges et tristes tellement tristes. Il n’a encore jamais rencontré de regard aussi doux, aussi bienveillant.

    Le temps s’est immobilisé.

    - Comment….

    Elle ne peut finir sa phrase, l’ouragan en jogging violet est déjà sur le pas de la porte qu’elle referme sans aucun ménagement.

    La vieille dame se hisse avec peine au troisième étage, l’esprit encore occupé par l’enfant rouge comme elle le nomme déjà.

    Alors qu’elle prépare la pâtée de son chat, qu’elle épluche avec application deux petites pommes de terre et les met à cuire, elle ne cesse de penser à cette curieuse rencontre. Ce garçon est pâle, si pâle sous sa tignasse flamboyante, ses yeux sont rouges mais il n’a pas les cheveux blonds presque blancs comme ceux des albinos pense-t-elle. Il semble si malheureux. Pourquoi se tape-t-il la tête ? Est-ce que la jeune femme est sa mère ? Tant de questions se bousculent. Elle voudrait comprendre et guette les bruits qui proviennent de l’étage du dessous.

    Dans l’après-midi alors qu’elle s’est assoupie, le livre qu’elle tient encore entre les mains s’échappe au vacarme que fait soudain Balthazar qui gratte énergiquement la porte-fenêtre du balcon.

    - Oui, oui, voilà… Comme tu es impatient… Allez, tu peux aller à ta caisse, lui murmure-t-elle tout en ouvrant la baie qui laisse entrer un flot de lumière.

    L’enfant est là sur le balcon juste en dessous, légèrement à droite, « c’est le balcon de la chambre pense-t-elle ». Il est calme, immobile, recroquevillé, les yeux tournés fixement vers le ciel comme s’il attendait quelque chose.

    Suzanne essaie d’attirer son attention

    - Pstt.. pstt..coucou…

    - …

    - Coucou, coucou…

    Enfin, il relève la tête et son étrange regard se tourne vers elle, interrogateur. Comme le matin, il pressent la douceur en elle et son désir de l’aider. Elle devine un tourment intérieur : il a peut-être besoin d’elle.

    - Comment t’appelles-tu, lui dit-elle doucement

    Alors que ses lèvres s’ouvrent, deux bras le tirent vers l’intérieur et la fenêtre se referme. La vieille dame est émue par ce moment de confiance entre elle et l’enfant. Peut-elle faire quelque chose pour lui ?

    Le temps s’étire lentement. Alors qu’elle regarde, sans vraiment la voir, la télévision qui diffuse une émission sur les grands fauves d’Afrique, elle décide qu’elle ne peut rester indifférente, ouvre sa porte et descend sans empressement l’escalier qui la conduit à l’étage du dessous, essayant vainement de formuler en pensée la question qu’elle veut poser. Après quelques hésitations, elle se décide à frapper.

    Aucun bruit, les minutes passent, elle frappe à nouveau. Enfin, un raclement derrière la porte qui s’entrouvre laissant tout juste voir un visage peu amène :

    - Oui, qu’est-ce que c’est ?

    - Madame… Hum, excusez-moi, je suis votre voisine du dessus… Hum… Nous ne nous connaissons pas… mais… j’ai eu l’occasion de voir votre petit garçon… je voulais… vous proposer…. Enfin, peut-être…que je pourrais vous rendre service… Hum…Voyez-vous, je suis seule….le garder parfois… si vous avez besoin….

    Un silence glacial s’installe.

    - Désolée, bredouille la vieille dame décontenancée en se retournant tout en s’aidant de sa canne avec maladresse

    - Attendez, attendez… Je ne pense pas que vous puissiez m’aider…mais je vous remercie de votre proposition répond la femme en refermant aussitôt la porte sur son visage fatigué qui s’est furtivement adouci.

    Suzanne remonte posément jusqu’à son appartement, frustrée mais cependant rassérénée car il lui semble qu’un pas a été franchi.

    Après une nuit entrecoupée de longues insomnies, le petit matin la trouve déjà debout pleine de courage : petit déjeuner, toilette, Balthazar, ménage, lavage… tout lui semble plus léger aujourd’hui. Elle est décidée, il lui faut trouver un moyen d’entrer en contact avec l’enfant.

    Elle guette depuis son balcon les allées et venues des habitants de l’immeuble qu’elle connaît bien pour les observer sans curiosité malsaine depuis si longtemps. Mais aucun ne l’intéresse, elle attend l’unique personne qui est l’objet de toutes ses pensées, un surprenant petit garçon.

    Enfin, comme la veille, la femme et l’enfant sortent de l’immeuble. Ils empruntent la grande avenue et s’éloignent. Suzanne est prête, attrape son gilet et sa canne dans l’entrée, quitte son appartement et descend, préoccupée, l’escalier qui lui paraît moins fatiguant ce matin. Arrivée dans la rue, elle traverse la chaussée pour aller s’asseoir un peu plus loin sur le banc placé sous un des marronniers qui procurent une appréciable fraîcheur en période estivale. « Un excellent poste d’observation, je ne peux les manquer » pense-t-elle.

    Elle attend longtemps. L’heure du déjeuner est largement dépassée, pourtant elle ne s’impatiente pas, elle a tout son temps. Les passants ne voient même pas la vieille dame assise, clouée ainsi depuis le milieu de la matinée.

    « Ah les voilà » Ils débouchent au coin de l’avenue, l’enfant l’aperçoit et une esquisse de sourire pointe sur son fin visage. Ils approchent rapidement. Elle sort de son sac quelques morceaux de pain qu’elle lance devant elle, aussitôt, une dizaine de dodus pigeons atterrissent à ses pieds et picorent avec voracité.

    - Veux-tu jeter du pain aux pigeons dit-elle au garçon arrivé à sa hauteur

    Sans un mot, il s’approche de la main ridée et blanche aux taches brunes qui tend quelques croûtons. Contre toute attente, l’autre main le lâche et le laisse faire.

    Après une courte hésitation, la jeune femme s’assoit sur le banc et contemple sans expression le tableau que forment les pigeons voletant autour de l’enfant.

    Ni l’une, ni l’autre ne prononcent une parole. L’enfant paraît détendu. Suzanne se lève, prend son sac, dit « au revoir, à bientôt » et rentre tranquillement dans l’immeuble sans se retourner.

    Elle est heureuse la vieille dame, elle chantonne tout en se coupant une tomate agrémenté d’un œuf dur. Tout lui semble plus gai aujourd’hui : la météo est clémente, il fait chaud bien sûr mais pas trop, le soleil radieux s’introduit dans l’appartement lui donnant des couleurs chatoyantes et la rue en ce début août est enfin plus calme, c’est dimanche et Paris semble désert.

    Après le déjeuner, Suzanne s’installe avec plaisir dans son fauteuil « j’ai bien mérité une petite sieste ».

    C’est le bruit de coups frappés avec force qui la sortent d’un sommeil réparateur. Balthazar sur son coussin fait le gros dos, contrarié d’être dérangé. Elle se lève avec difficulté et regarde par l’œilleton avant d’ouvrir : la jeune femme du dessous, tenant l’enfant par la main, est sur le palier, écarlate, semblant essoufflée et agitée.

    Aussitôt qu’apparaît la vieille dame dans l’encoignure de la porte, un flot de paroles la laisse indécise :

    - J’ai des soucis… on m’appelle auprès…. en urgence. Pouvez-vous me le garder… J’espère revenir vite….

    Suzanne s’apprête à acquiescer, mais la queue de cheval dans un tourbillon a déjà atteint le palier du dessous.

    L’enfant est impassible, d’une main légère sur l’épaule, elle le pousse doucement à l’intérieur.

    - Rentre petit, ne reste pas là. Viens t’asseoir ici. Comment t’appelles-tu ?

    - ….

    - Si tu ne veux pas répondre, ce n’est pas grave dit-elle tout en se détournant du regard pourpre qui l’attire irrésistiblement

    - Ma…ti répond-il d’une voix hachée

    - C’est un très joli nom. Quel âge as-tu ? ajoute-t-elle tout en le conduisant vers le fauteuil

    - …..

    Elle sent qu’il ne faut pas insister, c’est difficile pour lui comme pour elle. Il n’a pas peur. Elle est incroyablement détendue. Elle allume alors la télévision, « des chansons ça devrait lui plaire ». Mais elle découvre qu’il s’écarte très vite, il ne peut ou ne veut regarder les couleurs violentes envoyées par l’écran au rythme de la musique.

    - Si tu veux, je peux te faire des crêpes pour le goûter.

    Les yeux de Mati s’arrondissent de plaisir, Suzanne est sur un nuage. Il y a si longtemps qu’elle n’a eu à s’occuper de quelqu’un. Pendant qu’elle casse ses œufs, pèse sa farine, remue, fouette, ajoute le lait, l’enfant, curieux fait le tour du petit appartement, prend parfois un objet, le regarde et le repose. Mais très rapidement, il est attiré par la porte-fenêtre.

    - Installe-toi sur le balcon si tu veux lui dit Suzanne, je fais cuire mes crêpes et ensuite nous ferons la dinette tous les deux.

    Son visage s’illumine un instant, il est paisible et reste ainsi très longtemps les yeux fixés sur le même point dans le ciel lumineux de la fin de l’après-midi.

    Le parfum des crêpes embaume tout l’appartement, ils s’en régalent sans compter, encore une, au sucre ? à la confiture ? Ils dégustent, ne se parlent pas mais nul besoin de paroles entre eux.

    Confortablement installée, l’enfant confiant et détendu sur ses genoux, le nez dans ses cheveux, elle le respire avec un plaisir non dissimulé, tout en lui chantonnant doucement toutes les chansons qui lui reviennent du temps lointain de son enfance. Les heures défilent ainsi trop vite, le soleil bas et rouge disparaît entre les immeubles. La magie est soudain rompue par quelques coups secs frappés à la porte. Un merci vite expédiée, une vague phrase d’excuse et la jeune voisine attrape l’enfant et s’en va.

    Ils sont partis. L’appartement est vide et silencieux. Suzanne allongée dans son lit est seule mais comblée, elle revit chaque minute, chaque seconde de ces moments tellement inattendus, de cet après-midi si merveilleux, si exceptionnel !

    Comment pourrait-elle dormir ? C’est une nuit d’été chaude et oppressante, l’orage menace et gronde au loin, le sommeil se rebelle. La vieille dame vêtue d’une longue chemise blanche se relève péniblement et s’installe dans son vieux fauteuil devant la fenêtre.

    En dépit du tonnerre qui se rapproche et des éclairs qui zèbrent brièvement le ciel, tout est inhabituellement calme. Suzanne ne peut contenir une soudaine pulsion, elle se lève et ouvre tout en grand la porte-fenêtre… Le ciel sombre est chargé de nuages grisâtres, son regard est attiré par une vive clarté d’un surprenant bleu semblant venir du bas ; elle se penche légèrement et aperçoit l’enfant, il est lové sur sa mère qui lui caresse les cheveux. Il joue avec une épée qui, au moindre battement scintille d’une lumière céruléenne qui rayonne et les enveloppe tout entiers. Il est apaisé dans les bienveillants bras maternels. Le visage détendu et souriant, heureux, les yeux, enfin espiègles, comme de précieux rubis la fixent. Il lui sourit…

    Son cœur se remplit de joie. Après quelques moments intenses d’éternité, elle rentre, se dirige lentement vers son fauteuil, s’assoit, s’installe avec un soupir de contentement, ferme les yeux.

    Un ultime éclair, violent, éclaire la pièce, tandis qu’une incroyable lumière blanche l’appelle au bout du tunnel. Les traits détendus, elle est très belle,

    Et puis… plus rien.

     


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