• Le Ménillet

    Nadine Foissotte

    3 octobre 2018

     

    Après un dernier virage, la route départementale où l’on pouvait se garer sans crainte, tant elle était peu fréquentée, nous guidait vers l’étroit sentier qui partait du vieux pont.

    Déjà on distinguait la clairière. Derrière l’entrelacement des aulnes et des frênes, le soleil s’amusait avec les feuilles pour projeter sur le tapis d’herbe vert tendre, des taches flamboyantes dansant au gré du balancement des branches. Bordant le chemin, les premières hélophytes nous plongeaient dans le monde inconnu et mystérieux du bord de l’Avre.

    Comment résister au plaisir de vous citer la grande glycérie, cette graminée aux gracieux plumets qui ne peut rivaliser avec le roseau commun orné de son magnifique panicule plumeux, tous sublimés par une lumière incomparable ! Une roselière de massettes à feuilles larges, aux longs tubes bruns, s’étendait sous nos yeux ravis. Ces roseaux nous réjouissaient, nous les comparions à une colonie de gros cigares et déjà le bien-être nous envahissait, étourdis par cet univers inhabituel.

    Un léger froissement d’ailes, quelques poules d’eau que nous dérangions s’éparpillaient bien vite sous les futaies et fuyaient les intrus.

    Le bruit léger de l’eau qui courait caressant les longues herbes, nous faisait allonger le pas. Ici il fallait sauter pour enjamber un petit ruisseau dans lequel s’épanouissaient la dorine à feuilles opposées, le cresson de fontaine et la menthe aquatique.

    Des brassées de parfums nous enivraient.

    Sous les saules dont les racines retenaient la berge, quelques iris fanés badinaient avec leurs fines et gracieuses branches qui semblaient faire la révérence à leur maîtresse, la rivière.

    La salicaire aux épis de couleur pourpre, la lysimaque et ses inflorescences de fleurs jaunes formaient des ensembles harmonieux, dus à un invisible et extraordinaire jardinier.

    C’est avec précaution que nous posions nos paniers dans l’herbe fraîche par de chauds et jolis dimanches d’été. La nature nous accompagnait et c’est avec respect que nous repartions repus de bon air et fourbus par les froides et revigorantes baignades.

     

    Vous et moi qui aimons tant écrire, j’ai eu envie de vous transcrire ces quelques lignes d’Alfred de Musset :

    « Pour écrire à ceux qu’on aime,

    Est-il besoin de tant d’esprit ?

    La plume va, court d’elle-même

    Quand c’est le cœur qui la conduit »

     

     


  • Commentaires

    1
    roussies
    Mercredi 30 Janvier à 16:30

    J'aime beaucoup ce texte très poétique.

    Les plantes  du bord de l'eau, bien nommées, apparaissent

    avec tout  leur charme.

    Louis-Marie 

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