• Les maisons meurent aussi

     Martine Laubert-Pérelle

    12 novembre 2018

     

    La maison était vide de tout habitant. Nous avions aperçu son faitage au milieu des arbres en montant la côte.

     La région était belle, nous profitions des chemins creux ombragés. Nous avions laissé la rivière Creuse peu de temps auparavant et comme son nom pouvait nous le laisser envisager, il fallait effectivement grimper pour rejoindre les prairies vallonnées. Le chemin était maintenant droit, quoique encore un peu pentu, presque bitumé. Et là-haut nous voyions les contours de la maison se préciser derrière les haies bocagères.

    A notre gauche un verger de vieux pommiers alourdis de gui. Puis des dépendances basses aux murs de pierres. Et la maison apparut, son perron de granit encore fièrement planté, ses volets à la peinture écaillée fermés, sa porte peinte en blanc dont le bois craquelait.

    Nous nous arrêtâmes.

    En hauteur, de mignonnes petites fenêtres entourées de briques éclairaient sûrement l'intérieur du grenier. Les gouttières menaçaient de se décrocher par endroit et au-dessus, les tuiles se ragrippaient les unes aux autres pour ne pas tomber. Le portail béait. Les rameaux tordus d'une glycine nous cachaient en partie le jardin.

    Un regard échangé suffit. Nous entrâmes.

    La cour était envahie de pissenlits en fleurs. Plus loin, le regard était attiré par un roncier d'où émergeaient quelques arbres. Le terrain s'étendait derrière la maison, à gauche, les pommiers déjà vus de la route, à droite, un pré fleuri ponctué de quelques fouillis de ronces sombres.

    Nous avançames, les sauterelles sautant devant nos pas.

    L'arrière de la maison était inaccessible, les ronces montant jusqu'à hauteur d'homme, laissant deviner le long du mur de la maison des fleurs d'hortensia bleues.

    Nous revînmes sur nos pas, et contournâmes la maison par l'autre côté.

    Les ronces gagnaient du terrain sur un jardin de fleurs. Les hortensias étaient déjà bien envahis. Des rosiers voyaient s'approcher les premières tiges rampantes.

    Nous retournâmes devant la porte et nous installâmes sur les énormes marches de granit pour y prendre notre repas.

    Ai-je bien senti? La petite maison m'a semblé soupirer. Un souffle de vent, peut-être.


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