• Nadine Foissotte

    2018

     

    Saisir sa bicyclette, la pencher pour mieux l’apprivoiser,

    l’enfourcher sans empressement, se placer sur la selle,

    caler le pied sur la pédale,

    d’une poussée énergique trouver son équilibre,

    enfin s’élancer sur la chaussée inondée de lumière.

     

    Emprunter au hasard les petites routes

    nul bruit ne vient perturber la promenade,

    exceptés ceux millénaires d’une brise légère dans les bouleaux,

    du hennissement d’un cheval dans la prairie,

    du bruissement des ailes de deux moineaux qui se disputent,

    du bourdonnement des abeilles qui s’activent inlassablement.

    Seule concession à l’instant présent,

    le frottement des pneus sur le revêtement rêche et irrégulier de la route bitumée.

     

    Ca et là, la terre expire en brume diaphane

    les derniers vestiges de la rosée nocturne,

    dans l’azur moutonneux,

    l’astre solaire s’associe à l’effort pour procurer une douce tiédeur 

     

    Enfin, au bout du chemin,

    ineffable enchantement chaque fois renouvelé,

    le Mont Saint Michel, majestueux et immuable, invite à la pause.

    Se laisser bercer par les battements incessants de la mer,

    suivre le vol de quelques mouettes.

    observer un nuage jusqu’à sa dissolution complète. 

    fermer les yeux.

    laisser couler le sable chaud et soyeux entre ses doigts …

    laisser couler le temps… et, flotter, flotter paisiblement… sans penser.

    juste engranger pour plus tard cette douce torpeur réparatrice,

    cette bienfaisante sérénité… rompue par une voix venue de loin, de très loin :

    On repart ?


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  • Nadine Foissotte

    3 octobre 2018

     

    Après un dernier virage, la route départementale où l’on pouvait se garer sans crainte, tant elle était peu fréquentée, nous guidait vers l’étroit sentier qui partait du vieux pont.

    Déjà on distinguait la clairière. Derrière l’entrelacement des aulnes et des frênes, le soleil s’amusait avec les feuilles pour projeter sur le tapis d’herbe vert tendre, des taches flamboyantes dansant au gré du balancement des branches. Bordant le chemin, les premières hélophytes nous plongeaient dans le monde inconnu et mystérieux du bord de l’Avre.

    Comment résister au plaisir de vous citer la grande glycérie, cette graminée aux gracieux plumets qui ne peut rivaliser avec le roseau commun orné de son magnifique panicule plumeux, tous sublimés par une lumière incomparable ! Une roselière de massettes à feuilles larges, aux longs tubes bruns, s’étendait sous nos yeux ravis. Ces roseaux nous réjouissaient, nous les comparions à une colonie de gros cigares et déjà le bien-être nous envahissait, étourdis par cet univers inhabituel.

    Un léger froissement d’ailes, quelques poules d’eau que nous dérangions s’éparpillaient bien vite sous les futaies et fuyaient les intrus.

    Le bruit léger de l’eau qui courait caressant les longues herbes, nous faisait allonger le pas. Ici il fallait sauter pour enjamber un petit ruisseau dans lequel s’épanouissaient la dorine à feuilles opposées, le cresson de fontaine et la menthe aquatique.

    Des brassées de parfums nous enivraient.

    Sous les saules dont les racines retenaient la berge, quelques iris fanés badinaient avec leurs fines et gracieuses branches qui semblaient faire la révérence à leur maîtresse, la rivière.

    La salicaire aux épis de couleur pourpre, la lysimaque et ses inflorescences de fleurs jaunes formaient des ensembles harmonieux, dus à un invisible et extraordinaire jardinier.

    C’est avec précaution que nous posions nos paniers dans l’herbe fraîche par de chauds et jolis dimanches d’été. La nature nous accompagnait et c’est avec respect que nous repartions repus de bon air et fourbus par les froides et revigorantes baignades.

     

    Vous et moi qui aimons tant écrire, j’ai eu envie de vous transcrire ces quelques lignes d’Alfred de Musset :

    « Pour écrire à ceux qu’on aime,

    Est-il besoin de tant d’esprit ?

    La plume va, court d’elle-même

    Quand c’est le cœur qui la conduit »

     

     


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  • Nadine Foissotte

    6 décembre 2017

     

    Je suis libre
    Comme la feuille qui danse sous l’alizé
    Comme la fumée qui s’élève du foyer

    Tu es libre
    Comme les nuages détalant dans le ciel    
    Comme l’enfant aux cheveux couleur de miel

    Elle est libre
    Comme le voile enlevé, son choix assumé   
    Comme le corps dénudé prêt à s’exposer
     
    Nous sommes libres
    Comme les vagues qui dansent sur l’océan
    Comme les étoiles luisant au firmament

    Vous êtes libres
    Comme le chaud soleil protecteur des moissons
    Comme la neige nous offrant ses blancs flocons
     
    Ils sont libres
    Comme l’esclave enfin délivré de ses chaînes  
    Comme tous les hommes libérés de leurs haines  
     


    …Etre libre
    Comme le bel oiseau sorti de sa cage
    Comme les mots qui gambadent sur ma page
     


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  • par Nadine Foissotte

    1er mars 2017

     

    C’est déjà son premier aller et retour ce matin. Mais qu’importe la météo est clémente, le soleil déjà chaud, pas de vent, pas de pluie… le temps idéal pour effectuer son travail dans les meilleurs conditions. Elle vient de traverser un magnifique champ de colza aux fleurs rayonnantes et enivrantes ce qui l’a mise de bonne humeur. Elle approche de son lieu de livraison, un inhabituel bourdonnement monte du numéro 15 où elle est censée décharger.

    Le brouhaha et l’effervescence qui l’accueillent sont ahurissants :

    • Pourquoi devrais-je attendre aussi longtemps pour progresser, femme de ménage ça suffit ! J’ai bien fait mon travail, je me suis formée, maintenant je veux une promotion.

    • Qu’est-ce que je dirai moi rétorque une plus âgée, la fabrication à la chaîne du matin au soir, pas de pause, ça suffit !

    • Et les cadences infernales pour nourrir tout le monde à la cantine, c’est plus possible.

    Les réclamations fusent de partout, des voix s’élèvent de plus en plus fortes :

    • A notre époque, tu crois quoi, gardienne c’est éreintant, toujours aux aguets, contrôler les entrées et sorties, repérer les intrus… te plains pas !

    • Ah bien sûr, toi toujours la meilleure … la maintenance, vous y pensez à la maintenance… grâce à qui elle fonctionne la ventilation ?

    • Vous me faites bien rire toutes… et les approvisionnements, ça vous parle ? Toujours sur la route, des allers et retours incessants de plus en plus loin, la pollution, les accidents… Z’êtes bien au frais, vous, dans l’atelier… pensez-pas aux autres qui s’coltinent le sale boulot !

    • Bah toi, t’es bien payée, t’es en fin de carrière, bientôt la retraite, t’as pas à te plaindre !

    • Ah tu crois ça… et l’espérance de vie ? J’ai bouffé de la pollution tout au long de ma carrière. Je vais en profiter de ma retraite à ton avis ?

    La révolte gronde. L’ambiance est morose, le moral au plus bas.

    Les effectifs diminuent d’année en année. La faute à qui, la faute à quoi : l’homme qui par souci de productivité et de surexploitation laisse notre joli petit monde aller à vau-l’eau ?

    Pourtant dehors le temps est exceptionnellement beau et chaud. Le printemps a réveillé la nature, le délicat parfum sucré des primevères parvient à supplanter celui des violettes qui, allez savoir pourquoi, ont perdu beaucoup de leur savoureuse fragrance. Les bleus myosotis, les pensées contemplatives, les tulipes multicolores, l’attirant lilas, blanc ou mauve, les gracieuses et lumineuses jonquilles et les narcisses majestueux, tous s’accordent et embaument pour offrir au petit peuple un semblant de consolation.

    Ca ne suffit plus aux courageuses ouvrières… Les chefs s’en mêlent et veulent rétablir l’ordre.

    • Quelles sont exactement vos revendications demandent-t-il d’un ton docte, un tantinet supérieur.

    • Regarde celui-là qui fiche rien de la journée, c’est facile pour lui… marmonne une gardienne, un peu plus remontée que les autres.

    • Nous voulons des conditions de travail meilleures, un environnement propre et une sécurité renforcée sur le lieu de travail.

    Un bruissement d’approbation s’élève de la foule des ouvrières agglutinées les unes contre les autres, identiques et perdues dans la masse de leur uniforme à rayures.

    Bien ancrés dans leurs habitudes, les chefs se concertent, constatent qu’ils ne peuvent gérer la situation seuls et décident d’envoyer l’un deux rapporter au patron. De sa démarche lourdaude, il rejoint donc celle, puisqu’il s’agit d’une patronne, qui, en dépit de son poste élevé, fournit du matin au soir, un travail indispensable au bon fonctionnement de la fabrique.

    Bien que toujours nerveuses, les ouvrières attendent avec patience le résultat des négociations, reprenant par habitude, ici et là, le travail qui ne peut attendre.

    Quand soudain… alerte au feu… La fumée envahit l’espace, le moindre recoin est envahi par l’odeur âcre…. et déclenche une peur instinctive et ancestrale chez chacune d’elles.

    Elles rejoignent avec hâte leur poste et se gavent de sucre, comme pour enlever le stress…

    Eh oui, on les enfume…et elles se gorgent de miel chacune dans leur petite alvéole, elles se désolidarisent et ne peuvent plus ni attaquer, ni se rebiffer…. L’homme prélève l’inestimable trésor accumulé avec tant de peine par les précieuses travailleuses et parfois même change la patronne –enfumée elle aussi- avant la fin de son contrat, s’il n’est pas satisfait de son travail !

    Le plus fort a gagné cette fois-ci. Mais la prochaine fois, qui sait ?

    Fin des revendications pour la ruche numéro 15.

     

     

     

     

     

    La hiérarchie :

    La patronne : la reine des abeilles

    Les chefs : les faux-bourdons

    Les cantinières : l’abeille nourrice

    Les ouvrières à la chaîne : l’abeille architecte

    Les ouvrières maintenance : l’abeille ventileuse

    Les ouvrières approvisionnement : l’abeille butineuse

    Les femmes de ménage : l’abeille nettoyeuse

     


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  • par Nadine Foissotte

    Janvier 2016

     

    elle a fait sa lettre au père Noël

    le magasin regorge des jouets souhaités

    elle a fait sa lettre au Père Noël

    tout est rutilant

    attirant

    fascinant

    dix fois,

    cent fois

    il recompte

    les maigres courses du déjeuner

    le loyer

    la facture d’électricité

    la traite de la voiture

    ça tourne

    ça tourne

    dans sa tête

    jusqu’à l’étourdissement

    mille fois

    il refait les comptes

    ça cogne

    ça cogne

    en rythme sur ses tempes

    sur un air à la mode

    elle a fait sa lettre au Père Noël

    plus rien dans le porte-monnaie

    les recommandés

    bientôt l’huissier

    et les clients chargés de cadeaux

    cadeaux bien emballés

    tout dorés

    enrubannés

    lui reste là à regarder

    désespéré

    bousculé

    hébété

    hypnotisé

    hypnotisé

    par les yeux de la poupée

    la poupée à la robe de mariée tant désirée

    qui disparait subrepticement

    sous le manteau

    bien cachée

    mais bien vite rattrapé

    vigile

    police

    cellule

    elle a fait sa lettre au père Noël

    le magasin regorge des jouets souhaités

    elle a fait sa lettre au Père Noël


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