•  par Pascal

    27 juillet 2017

     

    Matin gris.

    Je n'arrive pas à sortir du lit.

    La cloche de l'église égrène les quarts d'heure.

    Le chat ne supporte pas bien cette déprime,

    vire, saute et vient me relancer,

    à petits coups de tête.

    Va t elle m'écrire ?

    Va t elle m'appeler ?

    Je le caresse interrogateur.

    Il me regarde dépité,

    saute du lit lançant un petit « viens ! »,

    car c'est un chat extraordinaire.

    Je me lève.

    Vais petit-déjeuner...

    Après avoir rempli sa gamelle.

     

    Matin bleu,

    je bondis hors du lit,

    le chat surpris détalle, part en dérapage,

    heurte le chambranle de la porte,

    je le course, pars à ses trousses,

    pas d'issue, il panique,

    j'ouvre la porte, il file dans le jardin

    dans le soleil déjà chaud de juillet

    pourchasse à son tour un papillon blanc.

    Pas de petit-déjeuner,

    j'ai un message à envoyer

    à ma bien aimée,

    un verre d'eau fraîche

    fera l'affaire,

    mais d'abord la gamelle du matou

     


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  •  par Pascal

    21 juillet 2017

     

    Sur l'arête du présent
    entre le néant du passé passé
    et le néant du passé futur
    J'attends

    J'attends au présent évidemment
    entre j'attendais imparfait parfaitement révolu
    et j'attendrai futur simple simplement utopique
    J'attends

    Sur l'arête du présent je te vois passer.
    Entre nos présents : nos passés passés
    et entre nos futurs : nos lectures
    On s'attend

    A l'instant où nos présents s'imbriquent
    le ciel s'embrase
    Nos corps incandescents rayonnent sur l'univers
    et c'est le monde à l'envers...
    Le présent Nous attend

     


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  • Par Pascal

    8 janvier 2017

     

    Je suis bien. Comme en apesanteur. Même si depuis quelque temps, je heurte la paroi souple qui semble m’entourer, lorsque je m'étire. Elle ne s'oppose pas véritablement à mes mouvements et je me sens protégé mais pas du tout emprisonné. Elle n'empêche pas non plus les sons d'atteindre mes oreilles: des borborygmes qui semblent proches, des cris que je pourrais traduire par « Meuhhhh » et un bruit assez désagréable qui revient régulièrement, annonçant un chant rude bien que se voulant apaisant et bienveillant:
    - Alors Marguerite? Ça va? Allez brave bête y'en a plus pour longtemps !
    Auquel répond un Meuhhhh pathétique qui me fait vibrer jusqu'à la moelle.

    Tout semble calme quand tout à coup mon nid douillet se met à vouloir me broyer. Cela s'accompagne d'un Meuhhhh déchirant. Je ne flotte plus et la paroi protectrice continue à vouloir se débarrasser de moi. Je panique un peu, me sens totalement impuissant. La fraîcheur ressentie me laisse à penser que je suis transféré dans un autre univers. Dans un dernier spasme, mon nid m'éjecte. La surface qui arrête ma chute est dure et froide. J'éprouve le besoin impérieux d'inspirer. La douleur provoquée par l'air froid et sec remplissant mes poumons me fait entendre un cri à ma première expiration. C'est moi qui l'ai poussé ? Je suis lourdement plaqué là où je suis tombé. J'ai froid.

    D'abord surpris, j’apprécie ensuite le massage qui m'est prodigué. J’entrouvre les yeux. Malgré la lumière qui m'aveugle, je vois ce qui me lèche méthodiquement. C'est énorme, mais je n'ai pas peur du tout, je me sens même en confiance et me laisse parcourir et prend ainsi conscience de mon enveloppe. Je suis bousculé, tourné, retourné. Pas un endroit de mon anatomie n'échappe à une toilette minutieuse. Mais revoilà le bruit encore plus désagréable que d'habitude. Je vois maintenant ce qui émet le chant pour Marguerite.
    - Brave Marguerite, tu as mis bas toute seule. Il est magnifique ton petit.
    Marguerite répond fièrement. Son petit: c'est moi ?

    Elle me flaire, me lèche, me bouscule. J'essaie de bouger. J'ai des pattes comme elle, mais les miennes ne m'obéissent pas bien. Marguerite me bouscule encore, je cherche à les maîtriser, m'appuie dessus, me soulève, retombe, encore, et encore et suis enfin debout, titubant.
    Je me sens gourd mais heureux. Je peux avoir une vue complète de ce qui m'entoure. C'est immense et cela m'angoisse un peu. Je me rapproche de Marguerite qui reprend ses léchouilles. Non loin de nous il y a tout un groupe de « Marguerites » dont certaines sont accompagnées de «petits».

    Un autre chant, très doux celui-là, me parvient:
    - Bonjour ! Je suis Caroline la fille du fermier. Tu es trop mignon avec ta tête toute brune, ton museau rose et cette superbe tache blanche sur ton front. Je vais t'appeler Apis. On en a parlé au collège en histoire dans la mythologie égyptienne. Il avait un triangle blanc sur le front, un peu comme toi... Tu as déjà tété ta mère ?
    Ma mère? Caroline avance vers moi. Je me réfugie sous «ma mère». Caroline tend la main, me caresse le front, me gratte la joue. De l'autre main elle attrape ce qui pend sous ma mère et le presse. Un jet chaud atteint mon museau. Je lèche, apprécie, et prend conscience du vide que je ressens, du manque qui me taraude le ventre. Comprenant mes interrogations et mes hésitations, Caroline me guide.
    - Allez ! Attrape le pis et tète gros bêta. C’est bon pour toi le lait !
    Je ne me fais pas prier, trouve rapidement la technique et me gave du lait chaud de ma mère qui me rassasie. Je suis aux anges. Marguerite s'agite. Quelque chose tombe mollement derrière elle. Je crois comprendre d'où je viens et me dis que cela doit être un autre moi.
    - Ha ! Voilà ! Tu vas être tranquille ma belle dit le fermier qui revient vers nous après s'être occupé du troupeau.
    Il flatte Marguerite sur la croupe, examine le placenta.
    - Parfait il est complet, il n'y aura pas besoin d'appeler le véto. Caroline? Tu l'as mis déjà mis à la mamelle? C’est super ma grande. Il est beau, hein, le veau de la Marguerite ?
    - Je l'ai appelé Apis.
    - Je t'ai déjà dit qu'on ne donnait pas de nom aux veaux nouveaux nés. Il ne faut pas s'y attacher. C'est le veau de la Marguerite, le veau de La Noiraude, et non Apis ou Blackie.
    - Mais papa euhhh...
    - Y'a pas de mais !

    Je commence à me sentir plus fort sur mes pattes. Je fais des essais: je marche prudemment autour de ma mère puis tente une fantaisie, un petit saut. A la réception ma patte avant droite m'abandonne et je passe cul par dessus tête. Caroline éclate de rire. Moi, je ne me suis pas fait mal, mais suis très contrarié et même vexé de la réaction de Caroline.
    - Ne le prend pas mal gros bêta. Tu vas voir d'ici ce soir tu seras un vrai cascadeur. Je dois y aller mais je reviens après la classe avec ma copine Emilie.
    Je vois à regret Caroline s'éloigner. Le fermier renouvelle ses félicitations à Marguerite, me donne quelques caresses et bourrades amicales et nous abandonne également après avoir ramassé le placenta.

    Marguerite et moi nous sommes progressivement rapprochés du troupeau au fil de sa recherche de la meilleure herbe, qu'elle arrache bruyamment et avale goulûment. J'y ai mis mon museau, ça ne me tente pas du tout, mais alors pas du tout. Par contre je reviens régulièrement à la mamelle et tète successivement tous les pis qui me semblent intarissables. C'est par Blackie de La Noiraude que j'ai mon premier contact avec le troupeau. Blackie, déjà très aguerrie effectue une série de bonds et de ruades autour de moi. J'essaie de lui montrer que je ne suis pas en reste. Caroline avait raison, j'ai déjà progressé, mais reste maladroit. Cela a l'air d'enchanter Blackie qui me pousse dans mes retranchements et je ne manque pas de trébucher à plusieurs reprises pour son plus grand bonheur. Nos mères qui continuent à brouter nous surveillent du coin de l’œil. Nous alternons régulièrement tétée, jeux, sieste.

    Le soleil qui nous chauffe agréablement est déjà bas. Caroline réapparaît avec sa copine Emilie.
    - Tu as vu il est trop mimi mon Apis.
    J'ai le droit à plein de papouilles.Je trouve cela très agréable et je les lèche en retour. J'y mets beaucoup de cœur, mais elles n'ont pas l'air d’apprécier complètement quand je les débarbouille avec ma langue. Puis elles font les folles, font une ronde autour de moi en interprétant une chanson dont je ne comprends pas toutes les paroles.
    - C'est un veau, c'est un veau, qui voulait faire du vélo. Mais sa mère qui est vache se fâche...
    Elles me donnent le tournis. Je leur échappe et m'enfuis. Marguerite émet un meuglement désapprobateur. Je reviens quémander des caresses, me laisse tomber sur le flanc pour un super câlin. Quel bonheur !

    Les journées passent, de plus en plus chaudes. Cela n'empêche pas les jeux effrénés. Je suis de plus en plus fort, rapide et agile, tout en muscles et un peu trop brutal pour Blackie. Je me sens bien dans mon corps, et maître du monde. Je délaisse Blackie pour me confronter à mes homologues dans le troupeau. Nos joutes tournent souvent à mon avantage et je deviens un meneur. Nous descendons en bande jusqu'au ruisseau en bas du pré. Son eau est limpide et fraîche. Dans la haie un couple de pies voit d'un mauvais œil notre présence bruyante, inquiet pour sa progéniture. Nous passons volontairement au galop provoquant des « chack-chack-chack » rageurs. Cela nous réjouit et nous donne un sentiment de puissance. A d'autres moments nous sommes à la barrière près de la route, d'où l'on voit la ferme et le clocher du village. Nous venons récolter les caresses prodiguées par des promeneurs. Je suis fier des remarques admiratives qu'ils m'adressent.

    Ce sont les vacances pour Caroline qui accompagne souvent son père pour venir me voir. Avec elle je reste le mimi Apis, recevant patiemment ses caresses, écoutant gentiment ses compliments sur mon allure, ma toison. Je suis alors très attentif à éviter toute brusquerie mais je bous d'impatience. Blackie vient s'inviter. Elle n'a pas apprécié que je privilégie mes copains. Elle vient détourner les mamours de Caroline, jouant avec moi l'indifférence. Je la relance en frottant mon front contre son encolure. Elle répond par un gentil coup de tête et me lèche le museau.
    - Ho les amoureux ! Ho les amoureux ! Chantonne Caroline.
    Blackie et moi poursuivons nos tendres échanges pour le plus grand plaisir de Caroline qui reprend sa chansonnette en frappant dans ses mains. Nous nous retournons vers elle, la bousculons et lorsqu'elle est a terre elle doit bientôt demander grâce car nos deux museaux et nos deux langues ne lui laissent aucun répit.

    Marguerite supporte de moins en moins que je donne des coups de tête dans ses mamelles dont le rendement n'est plus suffisant pour mes besoins journaliers. Elle me repousse, me donne des coups de queue, des coups de patte et je suis obligé de me mettre progressivement à brouter. Je commence par sélectionner les fleurs : pissenlits, trèfles, sainfoin, marguerite, millepertuis, plantain, carotte … J'agrémente mes repas de quelques pommes gâtées tombées avant d'atteindre la maturité. Je prends finalement goût à l'herbe tendre et grasse. J'ai découvert le plaisir de parcourir le sol, le museau en alerte, à la recherche des coins de prairie les plus appétants. J'ai en tête la cartographie de mes endroits préférés dont je garde certains secrets. Je continue pourtant à téter chaque fois que Marguerite me tolère. Cette connexion avec ma mère efface toutes mes peurs, mes angoisses et me donne une sensation de plénitude
    Le soir arrivé, je dors contre elle, profitant de sa chaleur et baignant dans son odeur.

    Régulièrement Caroline me passe un licol. Avec Emilie, nous partons en ballade dans les chemins creux. Ce moment de récréation m'enchante. Les deux fillettes sont aux petits soins avec moi : caresses, compliments me font fondre de plaisir. Je glane des friandises : fruits ou belles feuilles de panais. Caroline et Emilie, agiles, cueillent ce qui m'est inaccessible. Je me remplis la panse. Nous passons de temps en temps devant le pré ou est isolé un énorme taureau que je laisse indifférent mais qui moi m'effraie totalement. Je tire sur le licol à en faire tomber les fillettes qui essaient de me rassurer. Plus loin un poulain vient jouer avec moi le long de sa clôture. Un départ brutal surprend Caroline, je lui échappe et pendant un certain temps, le poulain et moi rivalisons en accélérations, bonds, arrêt brutaux et changements de direction. Il est plus nerveux, mais je suis plus puissant. De retour près de ma mère, après les bisous d'adieu des filles, je m'installe pour ruminer. Quelle merveilleuse journée !

    L'automne est arrivé. Les prés sont ras. L'herbe pousse moins vite et le fermier doit compléter l'alimentation du troupeau avec du foin qu'il amène tous les matins dans la remorque de son tracteur. Il faut beaucoup mâcher; j'ai vraiment du mal à m'y mettre. Mais la faim impérieuse qui accompagne ma croissance ne me laisse pas le choix. Aujourd'hui le fermier n'est pas venu seul. Caroline était avec lui. Elle vient moins souvent car l'école à repris. Je dois m'avouer que j'aime beaucoup sa présence. Dans le calme qui succède à une séance de course, de bonds anarchiques, de bousculades avec les copains, ma pensée va vers elle, et je suis mélancolique.

    Avec Caroline et son père, il y a aussi un homme que je vois pour la première fois. Il a fière allure, bonne mine, belle moustache, chapeau de feutre. Il semble prospère et fier de lui, costume rustique mais de qualité, bottes de cuir. Sa grosse voiture noire est garée devant la barrière. Le fermier lui présente son troupeau et surtout les veaux de l'année qu'ils inspectent un par un. Je n'arrive pas à suivre la discussion qui va bon train, mais l'ascendant de l'homme au chapeau est flagrant. Je me suis approché de Caroline. L'homme me regarde admiratif.
    - Il est vraiment magnifique ce broutard
    Caroline qui, je ne comprends pas pourquoi, semble prendre ombrage du compliment, lui répond sèchement:
    - C'est Apis et c'est MON veau !
    - Et bien mademoiselle il est vraiment magnifique et je suis prêt à le payer bon prix.
    - Il n'en est absolument pas question rétorque Caroline.
    - Mais ma Caroline, intervient le fermier, ce n'est qu'un veau !
    Caroline fond en larmes. Les deux hommes s'éloignent en discutant, laissant Caroline accrochée à mon cou, me couvrant de bisous. Je ne saisis pas pourquoi mais sa tristesse me bouleverse et je ne peux m'empêcher de lui donner des petits coups de langue qu'elle ne repousse pas.
    L'homme est parti, le fermier revient vers nous.
    - Ma Caroline tu sais bien que je ne peux garder de taurillon. Je ne produis pas assez de foin pour nourrir des bouches inutiles. Même s'il est vrai qu'Apis ferait un magnifique reproducteur, il n'est pas envisageable de le garder. Il faudrait rapidement un pré pour lui tout seul et ça... je ne peux vraiment pas l'inventer.
    J'ai maintenant compris la réaction de Caroline: nous allons être séparés.Cette idée me fend le cœur.

    Quelques semaines plus tard l'homme est revenu dans sa belle voiture suivi cette fois-ci par un énorme camion. Le matin, le fermier avait séparé les veaux de l'année du troupeau, à l'exception de quelques femelles dont Blackie devenue une superbe génisse. Le camion recule jusqu'à notre enclos et le chauffeur et son commis basculent la porte arrière. Le fermier nous a rassemblés et avec l'aide des deux hommes il commence à nous faire monter la rampe du camion. Des veaux y ont déjà été chargés avant nous. Il en émane une odeur de peur, et les meuglements y sont terribles, effrayés, désespérés. Les deux hommes ont en main une espèce de bâton qu'ils piquent dans les flancs des veaux réticents. Cela s'accompagne d'un grésillement et d'une odeur de brûlé. Je regarde en arrière espérant voir une dernière fois Caroline. Je n'ai pas pu lui dire au revoir, partager un dernier câlin.
    Je suis volontairement resté en arrière espérant son arrivée, son intervention et suis le dernier à devoir monter dans le camion déjà bondé. J'ai décidé de me battre. Je refuse d'avancer. Je bondis, effectue de violentes ruades que les hommes évitent de justesse. Ils crient. Je meugle à pleins poumons. Le fermier me passe habilement un licol qui m'étrangle et me tire tandis que ses deux complices me lardent de coups de piques. Je dois m'avouer vaincu. Au moment ou la porte va se refermer, j'entends Caroline. Elle hurle sa désapprobation :
    - Papa ! Non Papa ! S'il te plaît : pas Apis. C'est mon ami. Papa, je t'en supplie.
    . Le fermier est hors de lui : il y a école, elle n'aurait pas du être là, cela veut dire qu'elle a fait l'école buissonnière.
    La porte se referme violemment sur moi avec un horrible grincement. Caroline continue d'implorer son père. Je ne comprend pas. J'étais si bien ici. J'adore Caroline. D'un coup j'ai une terrible boule au ventre, je meugle désespérément appelant ma mère et prend conscience que tous les veaux embarqués avec moi sont à l'unisson. Nous avons un affreux pressentiment.
    Le camion démarre. Les cris de désespoir de Caroline s'éloignent.

    Les vaches qu'on aime, on les mange quand même.
    Alain Souchon

    Epilogue :

    Régulièrement Caroline fait un terrible cauchemar :
    Elle accompagne sa mère au supermarché et, lorsqu'elle passe devant le rayon boucherie, trône sur l'étal... la tête d'Apis. Derrière le comptoir un diable revêtu d'un tablier de boucher sanguinolent, un énorme couteau à la main harangue sa mère en ricanant :
    - Ma p'tite dame ! Une superbe côte de veau pour vo't mignonne. Du veau élevé sous la mère par chez nous. Tendre et goûteux à souhait. Elle a l'air palote, un bon morceau de viande, ça va lui r'donner des forces.
    Caroline se sens défaillir, le diable se met a enfler vers elle par-dessus le rayon en émetttant un horrible ricanement, la menaçant de ses doigts griffus. Caroline hurle et se réveille en nage, sa mère est assise au bord de son lit lui caressant la tête.
    - Ma Caro, encore ce méchant cauchemar !
    Caroline se blottit contre sa mère qui la berce tendrement.

     


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  • par Pascal

    23 novembre 2016

    Un soir au retour du travail papa posa son sac. Le sac magique qui lui servait pour téléporter toutes sortes de choses, de la maison vers l'usine, mais aussi de l'usine vers la maison. Cela allait de ses vêtements de rechange et de son casse-croûte à : de la porette pour pote, des objets à réparer, de l'outillage emprunté, du petit bois récupéré, des plans de salade, l'apéro pour fêter son anniversaire avec les collègues, des livres, des cassettes, des pommes, le pain rassis de la cantine pour nos animaux. Ce soir papa se fait très mystérieux, mais je vois bien du haut de mes six ans qu'il a du mal à cacher son plaisir de nous surprendre derrière sa moustache. Le sac lui-même avait décidé d'être contre lui et s'agitait, nous permettant d'imaginer le chiot impatient. Toucher au sac magique m'était strictement interdit et mes mains ne tenaient plus en place.

    • Allez papa montre nous le ! Montre nous le !
    • Dis Papa ! Allez... !

    Papa mimant le magicien qui sort un lapin de son chapeau, ouvrit très cérémonieusement le sac, lentement... Lentement...Mais d'un coup l'animal n'y tenant plus força le passage. Et un porcelet tout rose nous regarda de ses petits yeux étonnés.

    • Et voilà, je vous présente « Copain ».

    Maman n'en croyait pas ses yeux et moi même j'hésitais entre déception et curiosité. J'aurais tant voulu une petite boule de poil. Copain, toujours l'arrière train dans le sac, n'arrêtait pas de regarder autour de lui en reniflant. Il ne semblait pas du tout effrayé. Mais comme je tendais la main vers lui, il fit un petit bond et partit en galopant. Je partis à sa poursuite et me retrouvai face à face avec lui dans le couloir. Nous étions aussi surpris et intimidés l'un que l'autre. Papa arriva derrière moi avec les épluchures de la soupe qu'il me fit passer. Je les posai devant copain qui hésita peu de temps avant d'y plonger son groin. Après avoir tout dévoré en un temps record, Copain émit de petits grognements de contentement.

    • Copain, tu manges vraiment comme un cochon lui dis-je

    Copain s'avança prudemment vers ma main tendue qu'il flaira longuement, puis vers mon visage. Je pouvais maintenant le gratter derrière les oreilles. Ravi, il se laissa rouler sur le dos pour obtenir des caresses sur le ventre. J'étais conquis.

    Nous devînmes inséparables. Copain vif et curieux s’immisçait dans mes jeux. Nous partagions déjeuner et goûter au grand dam de maman. Il raffolait des biscuits et adorait les bonbons : je lui en donnais volontiers sur ma propre ration.

    L'été arrivé, Copain était déjà un sacré gaillard de la taille d'un gros chien et heureusement, papa avait pu trouver à récupérer épluchures et déchets dans des arrières cuisines de restaurants car il était insatiable. Il était aussi infatigable et me relançait constamment, posant le ballon près de moi puis grognant d'impatience. Maman était de plus en plus réticente à le laisser entrer dans la maison, bien qu'il soit parfaitement propre, réclamant pour sortir en cas de besoin.

    L'été passa trop rapidement. Il fallut que je me fasse tirer les oreilles avant d'accepter d'abandonner Copain quelque temps pour des vacances chez grand-mère. Ce n'est qu'à la rentrée des classes que je pris conscience que Copain devenait trop gros et trop brutal pour nos jeux. Il semblait pourtant, lui, être prudent, mais il était clair qu'il ne sentait pas sa force. Et cela ne s'arrangea pas au fil des jours.

    La niche du chien qu'il était censé être, et il était en fait un excellent gardien, étant devenue trop petite, papa avait construit une cabane sommaire mais confortable avec un litière douillette. Avant la fin de l'année c'était devenu un mastodonte qui affrontait la pluie et le froid avec entrain. Papa avoua qu'il lui était de plus en plus difficile de trouver suffisamment de nourriture et nous annonça dans la foulée qu'il avait trouvé pour copain une destination idéale et qu'il allait falloir se résoudre à s'en séparer. Je préférais penser que papa évoquait une éventualité, mais qu'il allait tout faire pour conserver Copain à la maison.

    Le lendemain quand je rentrai de l'école, Copain n'était plus là. Ma colère fut effroyable, je donnais coups de poing et coups de pied à papa, je hurlais et le maudissais. Puis je fus envahi d'une immense tristesse, me réfugiai dans la cabane de Copain, dans son odeur. Par la porte, je pouvais l'imaginer dans le jardin qui m'apparaissait maintenant triste et, je ne m'en étais jamais rendu compte jusqu'à maintenant, totalement ravagé par Copain.

    Le soir au repas, je faisais la tête et refusais de manger.

    • Nous pourrons aller le voir dis-je
    • Ça va être très difficile, car c'est très loin, dit papa... et il crut bon d'ajouter : là où il est c'est vraiment un paradis pour les cochons.

    Je ne me rendis heureusement pas compte de son cynisme extrême. Naïvement, je ne fis pas la relation les semaines suivantes avec la présence de boudin sur la table et l'arrivée d'un certain nombre de grands pots de grès qui contenaient des salaisons, de conserves, de terrines et autres rillettes et ne découvris que beaucoup plus tard les jambons pendus dans le grenier. Je pris alors conscience de l'horrible drame que papa m'avait caché et je lui en voulus longtemps.

    Cet hiver là, l'hiver 54, le froid arriva début janvier et redoubla en février. Les maraîchers se retrouvèrent rapidement en difficulté pour approvisionner les marchés. Une partie de notre récolte de pommes de terre gela dans le cellier. Nous passâmes cet hiver terrible sur les conserves réalisées par maman pendant l'été et celles que nous offrait Copain par son sacrifice. La relative abondance dans laquelle nous nous retrouvions permit à mes parents de venir en aide à un certain nombre de voisins en difficulté.

    Copain entra dans la légende et devint un véritable héros.



    Pour moi aujourd'hui la chanson de Souchon a une résonance particulière :



    Les vaches qu'on aime, on les mange quand même.

    Sans queue ni tête, sans queue ni tête.

    Pas d'chapeau, pas d'braguette,

    Pas d'braguette.



     


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  • par Pascal

    mai 2016

     

    RâAAAAAAAAH !

     

    Après les frayeurs de la nuit, l'éveil rituel de la nature promeut l'aube, miracle de la vie. Puis le soleil apparaît, s'élève, illumine l'espace comme après le creux de la vague vient la crête. Avant qu'il ne soit au zénith, la parole me rapproche de la condition humaine et avec elle du dilemme d'haïr ou aimer. Alors que je serais en proie à ses affres tu serais comme un cri libérateur. En cet après midi brûlant nous serions dévalant en roulade la pente herbue et fleurie.Il m'a suffi de tendre la main, de cueillir un pissenlit pour que le vent essaime les graines. Nous croissons et nous nous multiplions et nous remplissons la terre :c'est avec les ruisseaux que l'on fait des rivières. Je perçois dans le soleil déclinant, autour de moi, la présence bienveillante de ma descendance. Les mains s'agrippent.comme pour m'inviter à m'attarder.
    Mais déjà le couchant, un rêve m’emporte vers mon néant

     

     

    Enoncé de l'exercice :
    Ecrire un récit court dans lequel on utilisera une ou plusieurs expressions suivantes évoquant un mouvement.
        Tendre la main
        l'aube, miracle de la vie
        Après le creux de la vague vient la crête
        Le vent essaime les graines
        La parole me rapproche
        C'est avec le ruisseau que l'on fait des rivières
        Les mains s'aprippent
        Un rêve m'emporte
        Haîr ou aimer
        Tu serais comme un cri

     


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