• par Eliane Chelle

     13 Janvier 2015

    Il y a moi et ma raison ;

    Moi, je veux tout, elle ne veut rien ;

    Comment parfaire un unisson

    Et nous entendre au quotidien.

     

    Par mon envie de consommer,

    Je la dérange au plus haut point ;

    Laquelle des deux devra céder,

    Butée, maussade, seule dans son coin ?

     

    Partout que j’aille elle me poursuit,

    De ma vie elle est la maîtresse,

    Je brûle, je vis, j’aime et je jouis

    Sans m’écarter de sa sagesse.

     

    Je sens parfois que je l’épuise,

    Je la mets en convalescence,

    En un « ouf », se volatilise

    Et va rejoindre ma conscience …

     

     


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  • par Jean-Pierre Leguéré

    8 Janvier 2015 à 17:44

     

    Au hasard d’une promenade, nous nous rencontrons, lui et moi, l’autre jour, à Paris, place Beaubourg, à deux pas de l’usine Pompidou, Lui, c’est Andy Warhol lui-même, l’homme du pop’art, mort déjà mais bavard encore. Je le connais mal, certes, mais lui ne me connait pas du tout ce qui ne l’empêche pas de me recommander, avec sa morgue bien connue, en anglais bien sûr :

    — Vous devriez reprendre à votre compte, vous interroger, réfléchir, poursuivre cette réflexion que j’ai à peine entamée pour moi-même : « Une chose que je ne fais plus souvent et que je devrais faire, c’est… »

    Sur la forme, l’énoncé ressemble singulièrement à ces accroches volontairement frustrantes que l’on trouve sur Internet, sur les pages d’actualité de Yahoo. Du genre « Ils ont relevé le défi » ou encore « Ils se ressemblent comme deux frères, mais… ». Ces attrape-gogos sont écrits bien sûr pour agacer la curiosité des chalands et les inciter à découvrir une information ordinairement minuscule. Nul doute, qu’interpellé de cette façon sur Yahoo, le lecteur avide apprendrait quelque chose d’aussi insignifiant que : « Andy Warhol regrette de ne pas se laver assez fréquemment les dents » à moins que ce soit « Andy Warhol regrette de ne pas peindre plus souvent de boites de Campbell’s soup mais il annonce qu’il va s’y remettre ». Cette dernière affirmation paraît vraisemblable, parfaitement cohérente avec ces paroles de l’artiste lui-même: « J’aime les choses barbantes. J’aime que les choses soient exactement pareilles », citées dans les ouvrages de référence.

    Quoi qu’il en soit, assez stupidement j’en conviens, j’ai décidé d’obéir à l’injonction. Le résultat immédiat ne s’est pas fait attendre. Il m’est apparu sous la forme d’un défilé de revendications :

    Pourquoi ne montes- tu plus à cheval ? Pourquoi ne cours-tu plus le 5000 mètres ? Pourquoi ne cours-tu plus après les filles aux yeux d’hameçon ? Pourquoi ne dors-tu plus jamais huit heures d’affilée ? Pourquoi tu… Vous imaginez bien que je l'ai arrêté là.

    — Ça suffit le cahier de doléances ! Je ne vous ai pas convoqué ! Vous savez lire ? Qu’est ce qu’il a dit l’artiste ? Il a parlé de choses que je ne fais plus souvent, ce qui veut dire des choses que je fais encore parfois, ou que je suis encore capable de faire. Il n’a pas parlé de choses dont je suis devenu incapable ! Disparaissez ! Allez me précéder dans le dernier sommeil !

    Le défilé des plaintifs et des tristes a fait demi-tour, chacun d’entre eux déçu de son espérance de revivre une fois au moins.

     

    S’il est une chose avec laquelle je veux renouer, c’est bien de visiter ou de revisiter quelques églises romanes. Ne voyez pas là quelque acte de piété…Non, je ne suis plus guère qu’un agnostique judéo-chrétien mêlé de culture arabo-musulmane. Mais, imaginez-vous nos villes sans cathédrales, nos campagnes sans clochers ? Il me semble à moi que je ne saurais m’accommoder d’un paysage sans âme. Mais par dessus tout, j’aime les églises romanes et je crois les avoir aimées de tout temps. Elles me restent aussi chères qu’aux temps lointains où, chez moi, le plaisir de l’art servait la ferveur de la foi.

    J’en aime les contreforts puissants, les murs épais, les petites ouvertures, les douces coupoles qui me donnent un sentiment de paix, de sécurité ; j’en aime cette lumière diffuse qui mène au recueillement, j’en aime les architectures parfois si désordonnées qu’elles introduisent mystère et confusion ; j’en aime les chapiteaux et leur libre expression naïve, cocasse, humoristique, ou même paillarde…

    Si j’embarque à nouveau dans l’un de ces voyages, j’aurais un regard nouveau : il s’arrêtera particulièrement sur la sculpture avec une prédilection pour les « vierges à l’enfant ».


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  • par Eliane Chelle

     

    J'aime la nature après l'averse,

    Toutes ses senteurs me bouleversent,

    Toutes ses couleurs m'illuminent,

    Moi, l'éternelle citadine.

     

    Je sors parcourir les sentiers,

    Courir les chemins buissonniers,

    Écouter roitelets moineaux,

    Sifflant de merveilleux duos.

     

    Je hume enfin dans la clairière

    L'odeur des mousses et de la terre,

    Vois noyée par l'astre du jour

    La flore qui offre ses atours.

     

    Puis je débouche sur la plaine,

    Cueille une feuille de bourdaine,

    Admire un immense arc-en-ciel,

    Fils de la pluie et du soleil.

     

    Je reste assise sur une pierre

    Émerveillée par tous les verts,

    Du clair émeraude au victoria,

    Prés, champs, bosquets de ci, de là.

     


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  • par Roger Korbel

    29 Décembre 2014 à 23:06

     

    Il y a des jours qui ont passé comme d'autres, dont je me souviens délicieusement, comme cette matinée à la fin de l'été, où, voyageur solitaire au bout du lac d'Annecy je me suis arrêté. Assis, émerveillé par tant de splendeur, eau calme, limpide, à peine troublée par quelques barques de pêcheurs. Dans le lointain, je vois l'immensité des monts et sommets parfois déjà enneigés. Au bord du lac, j'aperçois les riches demeures de propriétaires fortunés, résidences à peine visibles mais faciles à deviner.

    Comment ne pas invoquer ce jour d'hiver ! Dans ma rue tombe la neige en gros flocons serrés, je revois la joie des enfants faisant des bonhommes de neige qu'ils ont coiffés d'une casquette usagée, le nez rouge fait d 'une carotte chipée dans la réserve de la maison ; sur le côté ils ont planté un balai fait de branches de coudrier. Je les vois encore, bombardant de leurs boules de neige quelques passants scandalisés par cet affront, en soi pas bien méchant.

    Je me souviens de ce chevreuil aperçu dans le clair obscur d'un petit matin d'automne, à l'orée du bois près des maisons, me regardant venir vers lui, puis, en un instant, disparaître a tout jamais.

    Comment ne pas évoquer les rivières où je me laisse glisser en silence dans les eaux calmes, surprenant à la faveur d'un détour la poule d'eau effarouchée, vite cachée dans les roseaux. Parfois, surprendre le ragondin plongeant vite dans les fonds à l'abri des regards indiscrets. Ensuite, la fureur des eaux, force vive qui m'oblige à éviter les rochers submergés, alors il me faut pagayer de toutes mes forces pour ne pas chavirer.

    Comment ne pas évoquer les moments intenses de bonheur quand, avec mes compagnons, on nage dans l'onde fraîche de l'immensité océane après une dure journée de navigation sur un voilier.

    Cependant les rivières de ma vie ne sont pas faites que d'extase devant des paysages idylliques. Je garde dans ma mémoire vive le premier sourire de mes enfants à leur mère, le visage d'un mendiant à qui je donne une modeste pièce de monnaie, expression de reconnaissance que l'on garde à jamais dans son coeur. C'est aussi ce moment vibrant, que d'un regard furtif l'on a saisi, celui de deux êtres qui se rencontrent pour la première fois, et qui cependant les unit pour un jour ou une vie. Celui où l'on vient rendre visite à un ami gravement malade, lui dire d'un air confiant qu'il guérira, voir l'espoir naître dans ses yeux, alors que l'on sait lui et moi qu'il n'en est rien, que demain il ne sera plus là, mais que dans mon coeur, à jamais il restera. L'instant inoubliable quand notre main vient secourir la pauvre bête qui crève de faim.

    Comment, pour terminer, ne pas invoquer notre pensée qui fait de nous chaque jour, des dieux ou des assassins, heureusement qu'il n'en est rien.

    Les instants merveilleux que je nomme les rivières de ma vie brillent pour moi comme des diamants, qu'il en soit toujours ainsi.


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  • par Jean-Jacques Vollmer

    26 Novembre 2014 à 23:05

     

    On se serait cru au cœur d'une sous-préfecture tranquille, endormie dans la quiétude et la chaleur de la fin de l'été, lorsque tous les habitants sont encore en villégiature sur les plages du midi ou les hauteurs fraîches des Alpes ou des Pyrénées. Les rues désertes et silencieuses exhalaient l'odeur forte de l'asphalte sur le point de se liquéfier, et parfois, une voiture remontait la Grand'Rue, troublant à regret la tranquillité des lieux, levant un peu de poussière qui lentement retombait en miroitant dans l'air sec qu'aucun souffle de vent n'agitait.

     Pourtant, derrière les façades bourgeoises, le feu couvait et la pression montait : ce soir, pour la première fois, allait s'ouvrir dans les champs, à la lisière des dernières habitations, un festival de musique techno. Les notables locaux, les simples habitants ordinairement paisibles et même les commerçants, ne voulaient pas que le « bruit », comme ils disaient, vienne troubler leurs habitudes, ni que les hurlements attendus de la foule déchaînée, les gesticulations des jeunes chevelus et les pétarades des motos ne dérangent la quiétude compassée de leurs certitudes bien-pensantes.

     Tous les recours contre cette manifestation ayant échoué, ces bourgeois si tranquilles et si bien élevés, d'ordinaire si respectueux de la loi, tapis derrière leurs rideaux dans la fraîcheur de leurs demeures, étaient en train de se transformer lentement et en toute bonne foi en bêtes sauvages, sous couvert de légitime défense. Certains sortaient leurs fusils de chasse de leurs étuis de cuir et, l’œil injecté de sang, les astiquaient jusqu'à l'usure ; d'autres exhumaient de leurs caves ou de leurs panoplies les épées, piques et hallebardes de leurs glorieux ancêtres et en ôtaient toute trace de rouille ; les plus calmes, suant et soufflant, taillaient dans les arbres de leur jardin de solides gourdins dont ils arrondissaient les extrémités. Plus l'après-midi avançait, et plus la chaleur faisait bouillonner les esprits. Les provocations supposées devenaient peu à peu des certitudes inévitables, rendant anodines et justifiées les rétorsions terribles qu'ils préparaient. « Simple application du principe de précaution », disaient-ils, ne voyant pas dans l'excitation de leurs esprits échauffés la disproportion grandissante entre la nuisance imaginée et l'exagération de la riposte prévue.

     La ville paisible, soudain transformée par la puissance de l'imagination en citadelle de la civilisation assiégée par les barbares, se devait de réagir à ses agresseurs, d'autant plus terrifiants que personne ne les avait encore aperçus.

     La soirée s'annonçait animée...

     


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